Nuit et jour

Mes parents m'ont appelé à l'aide pour brancher tout un matériel audiovisuel sophistiqué. Je crois avoir compris qu'ils voulaient regarder un opéra à la télévision en diffusant la musique sur leur poste de radio, ou quelque chose comme cela. Ils ont l'art de compliquer les choses. J'ai fini par leur crier "Vous faites chier, vous êtes morts !"...

mine-cadrans
Mes parents m'ont appelé à l'aide pour brancher tout un matériel audiovisuel compliqué. Je crois avoir compris qu'ils voulaient regarder un opéra à la télévision en diffusant simultanément la musique sur leur poste de radio. Si ce n'est pas cette configuration, la problématique, du moins, s'en rapproche, mais ils ont l'art de la rendre incompréhensible. J'ai fini par leur crier "Vous faites chier, vous êtes morts !" et je me suis réveillé. Étais-je en colère ou lassé de leur manque d'effort à s'adapter à la vie contemporaine ? J'étais tout de même rassuré, libéré par ce saut quantique. J'ignore si je suis insomniaque ou si j'ai besoin de peu dormir, mais ces temps-ci celui de sommeil en est réduit à la portion congrue. Je m'endors en quelques secondes, mais le réveil est aussi rapide. Pour ne pas me tourner dans tous les sens, je me lève au milieu de la nuit et je vais travailler. J'écris un article, je compose la musique et les sons de deux clips vidéo sur l'Intelligence Artificielle. C'est une commande, mais réalisée entre amis, on s'amuse.

Dans la journée je m'occupe de mon prochain album. D'abord, les voix du monde qui ont toutes le même texte. Je choisirai les phrases selon leur musicalité et l'intonation dramatique. J'ai déjà l'anglais, l'italien, l'allemand, l'espagnol, le bulgare, le brésilien, le persan, le suédois, le grec, l'arabe. Il m'en reste autant. Comme j'ai terminé tout ce que je pouvais faire seul, c'est au tour des musiciens invités. Le premier est le corniste Nicolas Chedmail qui double à la trompette et au saxhorn. Fanfares, cor inspiré par un tableau de Caspar David Friedrich, souffles dans l'embouchure, arabesques. Ma fille Elsa lui emboîte le pas. Timbre clair, intime, rapproché. Les rares chansons sont courtes et bilingues, français/anglais, alors que les voix parlées viennent d'une vingtaine de pays. Elsa en chante une, je me collerai à la seconde lorsque j'aurai enregistré le reste de l'orchestre. Percussion, violon, sax alto ou clarinette basse, retour du cor. On verra à la fin s'il manque quelque chose ou quelqu'un ; c'est déjà bien chargé. Gros travail de mixage, mais comme je l'ajuste au fur et à mesure, les corrections sont rapides. Je procède de la même manière pour le livret : j'ouvre un dossier dès le premier jour du projet pour ne rien oublier ni personne. Je donne des titres provisoires qui évoluent en fonction du résultat. Le disque sortira peut-être fin avril. Il a pour moi la même importance que le précédent qui fêtait mon Centenaire !

Cette semaine sort la version CD inédite de L'homme à la caméra avec le grand orchestre d'Un Drame Musical Instantané, vinyle publié à l'origine en 1983, et augmenté d'un super bonus, La glace à trois faces, autre film mis en musique par nos soins. Je suis impatient de le recevoir. Il est produit en Autriche par le label Klang Galerie. En dehors de tout cela, il faut que je m'attèle à la composition d'Omni-Vermille, installation générative pour quatre écrans d'Anne-Sarah Le Meur qui sera exposée au ZKM à Karsruhe du 11 mars au 26 avril...

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