Billie dans l'Amérique raciste

Au Mangrove de Steve Mc Queen, énième film sur le racisme aux ressorts dramatiques tellement prévisibles, j'ai préféré le documentaire sur Billie Holiday de James Erskine qui met en parallèle son histoire tragique en butte au racisme américain avec celle d'une journaliste, mystérieusement suicidée, qui avait rassemblé 200 heures de témoignages audio sur son idole.

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Déçu par Mangrove, un des épisodes de la mini-série Small Axe de Steve Mc Queen, énième film sur le racisme aux ressorts dramatiques tellement prévisibles, j'ai enchaîné avec le documentaire sur Billie Holiday réalisé par James Erskine. Si Mangrove évoque un groupe d'activistes noirs, appelé Mangrove 9, qui s'étaient révoltés au début des années 1970 contre le harcèlement raciste de la police londonienne, Billie met en parallèle l'histoire tragique d'une des plus grandes chanteuses de jazz, en tout cas celle qui m'émeut le plus, en butte au racisme américain avec celle d'une journaliste, Linda Lipnack Kuehl, mystérieusement suicidée, qui avait rassemblé 200 heures de témoignages audio sur son idole.

BILLIE (2019) - Bande-annonce © latelier dimages
Il est extraordinaire d'entendre Charles Mingus, Tony Bennett, Sylvia Syms, Count Basie, Joe Jones, Barney Kessel, ses amants, ses avocats, ses proxénètes et même les agents du FBI qui l'ont arrêtée, parler de Billie. Le travail de colorisation, ridicule et iconoclaste lorsqu'il s'agit de cinéphilie, fonctionne très bien avec les documents d'archives. On plonge dans la vie de l'artiste, dans ses tourments masochistes, ses addictions, son combat contre le racisme, en particulier lorsqu'elle interprète la chanson Strange Fruit et, surtout, dans sa musique, sublime, poignante. Les superpositions d'archives de Billie et de la vie américaine donnent l'impression d'un road movie arty que les chansons semblent commenter. Les enregistrements inédits de Linda Lipnack Kuehl sont étonnants. Les photos, les films de Billie bouleversants.

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En relatant la vie maudite des deux femmes, James Erskine dresse un portrait complexe des États Unis. L'absurde et la brutalité de cette période n'a hélas rien à envier avec ce que le monde fait toujours subir aux plus défavorisés. Le racisme mord-américain, que l'on ne peut pas comparer avec celui dont sont victimes en France les Noirs et les Maghrébins, est toujours aussi vivace, même si les lynchages ont été remplacés par des méthodes plus enveloppées. Comme en Afrique du Sud, les pauvres ont remplacé les Noirs, mais ce sont les mêmes, et la violence faite aux femmes, partout sur la planète, ne s'est pas tarie.

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