Tant de bons disques et si peu d'espace

Il y a tant de bons disques que j'aimerais évoquer, mais sans un angle personnel pour les aborder je reste incapable d'écrire. Je souhaiterais faire plaisir à leurs auteurs en trouvant les mots, mais je suis ailleurs, dans leurs sons ou dans l'espace où ils s'écoulent les uns après les autres, décor sonore de mon quotidien ou écoute attentive comme lorsque l'on est au cinéma...

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Il y a tant de bons disques que j'aimerais évoquer, mais sans un angle personnel pour les aborder je reste incapable d'écrire. Je souhaiterais faire plaisir à leurs auteurs en trouvant les mots, mais je suis ailleurs, dans leurs sons ou dans l'espace où ils s'écoulent les uns après les autres, décor sonore de mon quotidien ou écoute attentive comme lorsque l'on est au cinéma. Les rubriques musicales de la presse disparaissent les unes après les autres. Le milieu est sinistré. Dans les îlots de résistance le salaire des piges est pitoyable, cinq euros pour une chronique de disque dans un journal de jazz qui a pignon sur rue, vous le croyez, ça ? Avec quelques journalistes pugnaces qui d'ailleurs jouent, comme moi, le rôle de vigies, les blogueurs sont les derniers remparts contre l'anonymat du flux et les blockbusters kleenex. Avec Louis-Julien Nicolaou à Télérama, Jacques Denis à Libération, Franpi Barriaux sur Citizen Jazz et quelques autres qui m'en voudront de ne pas les citer, nous sommes souvent les premiers à souligner l'intérêt de tel ou tel album, à nous enflammer... Ces trois-là sont hebdomadaires et proches de mes goûts en général. Quotidien, sans rédaction en chef ni ligne éditoriale imposée, je peux réagir au jour le jour. Mais là je sèche et cela me rend triste. Aucun de nous fait vendre. Aucun artiste ne vend plus de disques, si ce n'est à la fin des concerts, à condition que ce soit le même répertoire. Par contre, cela remplit un dossier de presse qui pourra convaincre un organisateur ou simplement fait chaud au cœur si le chroniqueur est séduit. Par exemple, la couverture médiatique de mon Centenaire m'a identifié comme compositeur auprès de quelques jeunes musiciens qui me prenaient pour un journaliste, et elle m'a aidé à traverser un moment difficile de ma vie, de ma vie de centenaire, s'entend !

J'aurais tant aimé vous parler de la fougue du violoncelliste Matthias Bartolomey et du violoniste Klemens Bittmann pour leur Dynamo chez ACT ou de la délicatesse inventive des Episodes de Spring Roll chez Clean Feed avec la flûtiste Sylvaine Hélary, le ténor Hugues Mayot, les deux pianistes Antonin Rayon et Kris Davis, le percussionniste Sylvain Lemêtre. De même l'électro funk puissant de Seb El Zin sur BZZ Records, le swing très lent et tendre de Slow par le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry, le contrebassiste Éric Surménian et le batteur Laurent Paris sur le label Bruit Chic, ou celui de Kepler avec le pianiste Maxime Sanchez, les ténors Adrien Sanchez et Julien Pontvianne sur Onze Heures Onze, ou encore en un peu plus énervé The Lost Animals d'Oxyd avec le pianiste Alexandre Herer, le trompettiste Olivier Laisney, le bassiste Olivier Gabriele, la batteur Thibaut Perriard et à nouveau le ténor Julien Pontvianne sur le même label, mais aussi le rock essentiel de Massif Occidental par le duo Hyperculte sur Bongo Joe, le jazz puissant flirtant avec le rock de Frizione du ténor Romano Pratesi avec le tromboniste Glenn Ferris, le guitariste Hasse Poulsen, le pianiste Stéphan Oliva, le contrebassiste Claude Tchamitchian, le batteur Christophe Marguet, autant dire un all stars, sur Das Kapital, et pour terminer le dernier album du poète Steve Dalachinsky avec The Snobs, superbe Pretty In The Morning sur Bisou Records... Peut-être reviendrai-je sur l'un d'eux si je trouve une manière d'en parler qui me soit propre. Ou bien aucun d'eux, pourtant tous excellents, ne m'évoque la révolution après laquelle je cours sans cesse. Rares sont les artistes dont je surveille les sorties comme je le faisais avec Scott Walker, qui, le lâcheur, vient de mourir et ne m'offrira plus ce plaisir. Combien sont-ils ceux que je diffuse en boucle sur la platine jusqu'à l'invasion totale de mon univers spatio-temporel ? Que cela ne vous retienne pas ! Tous ceux que j'ai cités méritent qu'on s'y arrête et qu'on s'en délecte. Ce n'est pour moi qu'une question d'identification. Ma plus récente émotion, je l'ai ressentie sur Internet en découvrant le travail orchestral de Jonathan Pontier...

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