Ivan Passer, l'amour des marginaux

Suite à la découverte de Cutter's Way (article de vendredi) qui ressort ce mercredi sur les écrans j'ai regardé deux autres films d'Ivan Passer réalisés après son exil aux États Unis. Tous ont en commun un regard critique sur le pays d'accueil loin du mythe américain, tel qu'il l'exerçait déjà sur sa Tchécoslovaquie natale (Éclairage intime, et scénarii des Amours d'une blonde et de Au feu, les pompiers de Miloš Forman). Quel que soit le système social il engendre des comportements déviants de la part de celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas s'y soumettre. Sans tomber dans le misérabilisme complaisant actuellement à la mode, Passer dresse un portrait bienveillant sur des personnages inadaptés au formatage de la société.
Born to Win 1971 Ivan Passer © Movie Madness
Born To Win (Né pour vaincre)
(1971), mettant en scène un junkie joué par George Segal en but à une succession de magouilles, est aussi mésestimé que Banco à Las Vegas (Silver Bears) (1978), une comédie avec Michael Caine sur le système bancaire qui mérite fondamentalement d'être revue aujourd'hui. Si le premier est plus amer que le second, l'humour et l'amour ne sont jamais absents, pas plus qu'ils ne le seront pour les trois estropiés de la vie dans Cutter's Way. On retrouve la même originalité de regard que chez Forman qui, également en 1971, tourne Taking off mais se laissera happer par le système à partir du succès de Ragtime et Amadeus. Si Passer n'a aucune complaisance pour les conventions sociales, il aime fondamentalement les handicapés qui cherchent les failles du système pour s'en sortir vaille que vaille.
Silver Bears 1978 trailer © robatsea2009
Petites ou grandes arnaques fabriquent dès lors de savoureux thrillers qui ne ressemblent à aucun autre. Les ellipses de Born To Win ont attiré les mauvaises critiques qui sont passées à côté d'un grand cinéaste et, malgré la présence de Louis Jourdan, Cybill Shepherd et Stéphane Audran Silver Bears est aussi méconnu que ses autres films que je vais m'empresser de rechercher !

N.B.: Born to Win, passé dans le domaine public aux USA, est intégralement en ligne, mais sans sous-titres !

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