Welcome in Vienna

Il y a 7 ans, chroniquant le chef d'œuvre d'Axel Corti, la trilogie "Welcome in Vienna", film le plus extraordinaire et le plus juste sur la seconde guerre mondiale, j'écrivais : «c'est avant tout l'histoire de l'émigration qui est en jeu, intégration et ségrégation, perte d'identité et renaissance.» L'Histoire serait-elle un éternel recommencement ? Je pars donc jouer à Vienne...

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J'aurais pu aussi intituler cet article Retour à Vienne, mais c'est un autre film, et pour moi une seconde visite plutôt qu'un retour, fut-il symbolique. La trilogie d'Axel Corti, Welcome in Vienna, est un chef d'œuvre que j'avais chroniqué il y a sept ans, le film le plus extraordinaire et le plus juste sur la seconde guerre mondiale sur lequel j'écrivais : «c'est avant tout l'histoire de l'émigration qui est en jeu, intégration et ségrégation, perte d'identité et renaissance.» Or l'invitation de Walter Robotka, producteur de mes vinyles (re)ssortis en CD pour le label KlangGalerie, est aujourd'hui un beau welcome à l'occasion de son 50e anniversaire.

Vienne a d'abord représenté à mes yeux une capitale culturelle déchue, détruite par le nazisme. Je m'entichai de ses compositeurs, de ses écrivains, de ses cinéastes, de ses peintres, de ses penseurs ; la plupart étaient juifs et ceux qui étaient encore de ce monde avaient fui à l'étranger. Mahler, Schönberg, Freud, Schnitzler, Stroheim, Sternberg, Wilder, Schiele, Klimt, Hundertwasser, etc., accompagnèrent mes premiers pas d'adulte. En 1998 Étienne Mineur, alors directeur artistique de l'agence No Frontiere, m'avait demandé d'écrire la musique et le design sonore d'Europrix 98, soirée de gala et show TV pour les trophées multimédia européens. C'est à Vienne que j'avais découvert James Turrell lors d'une rétrospective exceptionnelle, à Vienne encore que j'allais déguster d'exquises pâtisseries chez Demel. J'irai peut-être revoir le Palais de la Sécession et la maison d'Hundertwasser qui semblent proches de mon hôtel. En 2009 nous étions allés à Linz avec Antoine Schmitt pour recevoir le Prix Ars Electronica Award of Distinction Digital Musics décerné à Nabaz'mob, notre opéra pour 100 lapins, mais nous n'étions pas passés par la capitale. Alors vingt ans, dix ans plus tard, me revoici dans cette drôle de ville qui garde les vestiges du temps passé, dont les stigmates ne sont toujours pas effacés et où de vilains fantômes ont pignon sur rue. J'y vais seul, sachant y rencontrer des amis.

Vendredi soir se tient au Replugged le concert d'anniversaire de Walter Robotka, Klang 50. Y participent le Français Denis Frajerman, les Autrichiens de Das Fax Mattinger, le Polonais Job Karma, les Anglais Andrew Liles & Renaldo M., Section 25 Industrial Unit et j'y joue avec le chanteur-performeur autrichien Didi Bruckmayr que je n'ai jamais rencontré et avec qui je n'ai même pas échangé un mail ! L'improvisation risque d'être pleine de surprises. J'ai évidemment écouté et regardé sur Internet nombreux de ses shows extravagants.

KlangGalerie a déjà publié les CD Rideau ! et À travail égal salaire égal d'Un Drame Musical Instantané ainsi que Rendez-vous, le duo inédit que j'avais enregistré en 1981 avec Hélène Sage. C'est justement Étienne Mineur qui a terminé hier soir la nouvelle pochette de la réédition de L'homme à la caméra augmentée d'un autre ciné-concert, inédit, La glace à trois faces, également en grand orchestre. Sortie attendue avant la fin de l'année.

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