Autoportrait de Hélène Breschand

"La vie est un roman", autoportrait sonore de Hélène Breschand, compositrice, improvisatrice et harpiste, est extrêmement réussi, mélange de voix, de musiques, d'ambiances, journal pudique croisant le best of de ses petites madeleines. La belle Hélène au destin inexorable ? Pénélope tendant et détendant ses cordes ? Mythologie orphique ?...

La vie est un roman, l'autoportrait sonore de Hélène Breschand, compositrice, improvisatrice et harpiste, me renvoie ses extraits comme autant de reflets de ma propre histoire. Je vais y revenir, mais d'abord je tiens à préciser que j'adore les montages radiophoniques et que celui d'Hélène, réalisé pour Radio Aligre, est extrêmement réussi, mélange de voix, de musiques, d'ambiances, journal pudique croisant le best of de ses petites madeleines. J'ai un faible pour les encyclopédistes œcuméniques, qualité qui s'ajoute à la sensibilité virtuose de la harpiste avec qui je n'ai encore jamais joué. Je l'avais engagée au Théâtre Antique lorsque j'étais directeur musical des Soirées des Rencontres d'Arles, la choisissant pour accompagner la prestation live Shadows du photographe Hiroshi Sugimoto... Si la belle tisse avec patience et passion sa tapisserie, chaîne et trame de cordes tendues et détendues, comme Pénélope dans l'Odyssée, elle est bien la magicienne Hélène au destin inexorable, mythologie savamment cuisinée à la sauce orphique.

Concordances qu'en corps dansent quand cordes anse... Hélène ouvre donc le bal avec les Shadoks dont j'ai eu un temps la chance de composer la musique pour Jacques Rouxel, et c'est par la clé Laborintus II de Luciano Berio que je suis entré en musique contemporaine. J'eus aussi la chance de travailler sur scène avec Claude Piéplu, d'entendre la voix d'Alain Resnais dans mon combiné téléphonique en bakélite, d'être présenté à Jeanne Moreau un soir à minuit au Napoléon, d'assister à la plus belle symphonie batracienne de ma vie à Nong Khiaw au Laos, le cinéma m'a livré sa syntaxe elliptique... Il faut tant de morceaux de miroirs brisés pour réfléchir le puzzle d'une vie, jeu d'échecs du Septième sceau où seuls sont épargnés les baladins. Mais c'est en entendant Domenico Modugno chanter les paroles de Pier Paolo Pasolini dans son sublime court métrage Que cosa sono le nuvole ? que mon cœur a chaviré. Il clôt cet autoportrait, exercice de sorcellerie qui, comme toute œuvre, est réussi dès lors que l'auditeur, le spectateur ou le visiteur peut se l'approprier.

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