Quand la musique sort de son confinement

Pourquoi attendre le confinement pour imaginer d'autres manières de diffuser la musique ? Il s'agissait avant tout de penser à ce que les nouveaux médias pouvaient apporter à la création. Les œuvres en ligne rompaient avec les durées limitées et voyageaient plus facilement jusqu'aux fins fonds de la planète, préservant mon indépendance face au marché...

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Pourquoi attendre le confinement pour imaginer d'autres manières de diffuser la musique ? Il s'agissait avant tout de penser à ce que les nouveaux médias pouvaient apporter à la création. Lorsque le CD est arrivé, j'ai évidemment regretté les belles pochettes, mais ce support offrait une dynamique particulière, autorisant par exemple les pianissimo que les bruits de surface camouflaient. Il limitait aussi les coupures dans les œuvres longues. Les CD-Rom développaient l'interactivité, l'utilisateur devenant un interprète privilégié. Les œuvres en ligne rompaient avec les durées limitées et voyageaient plus facilement jusqu'aux fins fonds de la planète. Plus important encore pour moi, elles préservaient mon indépendance face au marché...

Voilà donc dix ans j'ai choisi de publier des albums en ligne parallèlement à l'édition discographique du label GRRR fondé en 1975. Sont ainsi venus s'ajouter quantité d'inédits à la cinquantaine de disques 33 tours et de CD. Pendant toute cette période la presse a bizarrement ignoré ce travail colossal hormis quelques articles sur Citizen Jazz et ImproJazz. Je ne chôme pas. Au fil des ans se sont accumulés 82 albums en ligne représentant plus de mille pièces au format mp3, soit 157 heures de musique gratuite en écoute et téléchargement. Dans notre société basée sur l'argent et le commerce, ce doit être louche. Drame.org n'est pas le seul site à subir ce mépris incompréhensible alors que les pratiques audiophiles ont été bouleversées par Internet. La même surdité des journalistes affectait déjà le medium radiophonique pourtant riche en créations originales. Je publiai ainsi certaines œuvres que le disque ne permettait pas, par exemple à cause de leur durée, puisque mes albums vont de 30 minutes à 24 heures !

De même qu'une grande partie de mon travail consiste à réduire le temps entre composition et interprétation, ce que l'on appelle habituellement l'improvisation, je trouve extrêmement excitant d'enregistrer avec des musiciens et d'en publier le résultat quelques jours après, avec couverture et notes de pochette. Le catalogue GRRR s'est enrichi de ses archives aussi bien que d'une actualité la plus récente. On peut ainsi profiter de Radio Drame, programme aléatoire embrassant la presque totalité de cette discographie ou choisir un album thématique. Cette pratique ne m'a pas empêché de continuer à produire des vinyles et des CD qui, eux, rencontrent chaque fois un accueil favorable de la critique.

En ces temps de confinement chacun et chacune propose des séquences home made pour sortir de nos isolements et j'en suis ravi. Peut-être cela permettra-t-il de rompre avec le silence médiatique qui entoure celles et ceux qui pratiquent ce sport depuis des années. Je ne me suis d'ailleurs pas cantonné à l'écoute exclusive puisque je publie régulièrement des vidéos de concerts, des créations audiovisuelles, des entretiens, etc. sur YouTube, DailyMotion ou Vimeo. Malgré le succès (relatif, car je ne fabrique que rarement des œuvres pop-ulaires), la presse ignorait jusqu'ici ce pan de mon travail. Rien de personnel, celui de mes collègues qui s'y collent n'est pas mieux vu ni entendu.

J'ai ainsi enregistré avec la fine fleur des improvisateurs actuels à qui je propose régulièrement de passer une journée en studio pour le plaisir de faire de la musique ensemble. Nous jouons ainsi pour nous rencontrer au lieu de nous rencontrer pour jouer. La musique est avant tout pour moi une aventure de partage. Pour celles et ceux qui s'intéressent un peu aux styles de musique que je pratique, je citerai la participation de Vincent Segal, Antonin-Tri Hoang, Edward Perraud, Birgitte Lyregaard, Linda Edsjö, Alexandra Grimal, Fanny Lasfargues, Ravi Shardja, Ève Risser, Joce Mienniel, Sophie Bernado, Amandine Casadamont, Samuel Ber, Sylvain Lemêtre, Sylvain Rifflet, Mathias Lévy, Élise Dabrowski, Hasse Poulsen, Wassim Halal, Christelle Séry, Jonathan Pontier, Jean-François Vrod, Karsten Hochapfel, Nicholas Christenson, Jean-Brice Godet, tous et toutes sortant de leur contexte habituel... Auxquels s'ajoutent des concerts avec elles/eux ou encore El Strøm, Francis Gorgé, Julien Desprez, Médéric Collignon, Pascal Contet, Bumcello, Sylvain Kassap, Yuko Oshima, Nicolas Clauss, Pascale Labbé, Didier Petit, Étienne Brunet, Éric Échampard, Hélène Sage, Sacha Gattino... Sans compter les disques auxquels participèrent des dizaines de musiciens/ciennes, incluant pas mal d'extraits, dont ceux d'Un Drame Musical Instantané évidemment...

Sur la page d'accueil Radio Drame égrène ainsi chansons, jazz, rock, musique symphonique, électronique, improvisations, évocations radiophoniques, etc. De quoi tenir un siège sans se lasser !

Radio Drame, radio aléatoire de 157 heures de musique exclusive et gratuite, et qui le restera même après le confinement !
→ 40 de ces albums sont également sur Bandcamp au format .aif

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