Lors d'un concert de jazz, j'ai vu...

ceux qui hochent la tête, ceux qui boudent, ceux qui ne lâchent pas leur verre, ceux qui jouent avec leurs doigts, ceux qui ont les bras croisés, ceux qui se frictionnent les lèvres, ceux qui n'en perdent pas une bouchée, ceux qui pensent à autre chose, ceux qui prennent des notes, ceux qui en jouent, ceux qui ont les jambes énervées, ceux qui attendent l'entr'acte pour aller boire un coup...

kurtzman
Article du 29 novembre 2007 avec post-scriptum d'actualité

ceux qui hochent la tête, ceux qui boudent, ceux qui ne lâchent pas leur verre, ceux qui jouent avec leurs doigts, ceux qui ont les bras croisés, ceux qui se frictionnent les lèvres, ceux qui n'en perdent pas une bouchée, ceux qui pensent à autre chose, ceux qui prennent des notes, ceux qui en jouent, ceux qui ont les jambes énervées, ceux qui attendent l'entr'acte pour aller boire un coup, ceux qui ne font qu'écouter, ceux qui se tiennent le menton, ceux qui se frottent les yeux, ceux qui les ferment, ceux qui ont oublié d'éteindre leur portable, ceux qui cherchent les toilettes, ceux qui se bousculent au bar, ceux qui s'y accrochent, ceux qui laissent tomber une pantoufle du balcon, ceux que l'on ne reconnaît jamais, ceux qui filment, ceux qui fument, tous ceux qui sont des celles, ceux qui suent, ceux qui mâchonnent, ceux qui se parlent dans le creux de l'oreille, ceux qui n'entendent rien, ceux qui n'attendent plus rien, ceux qui baillent, ceux qui mettent leur main devant leur bouche, ceux qui les ont baladeuses, ceux qui partent à l'entr'acte, ceux qui ne se déparent pas de leur sourire, ceux qui rêvent, ceux qui s'endorment, ceux qui recommencent à vivre, ceux qui regardent ailleurs, ceux qui sont seuls, ceux qui sont plusieurs, ceux qui ne sont pas là pour ça, ceux qui comptent leurs sous, ceux qui arrivent lorsque tout est fini, ceux qui applaudissent, ceux qui rejoignent la nuit.

PP.S. du 25 décembre 2020 :
évidemment vous ne pourrez rien voir ni personne aujourd'hui, parce que ceux qui nous gouvernent ont une gestion de la crise incohérente et criminelle. Ils choisissent d'interdire les lieux de spectacle et de culture sous prétexte de risques contagieux, alors que toutes les précautions sont prises. Les artistes vont mourir à petit feu, comme le personnel de restauration et d'autres commerces dits "non essentiels". Pendant ce temps, le couvre-feu oblige les usagers du métro et du RER à s'entasser en début de soirée, épaule contre épaule, au lieu d'étaler les rentrées. Et il faut porter le masque en forêt ou sur la plage. Les effets de bord ou secondaires seront plus meurtriers que le virus. Il y aurait, il y aura des pages à écrire, des procès à intenter, tant l'absurde nous enferme, nous anesthésie, servant sans mal les intérêts financiers de quelques milliardaires. On sait tout cela, me direz-vous. Mais que faisons-nous alors pour y remédier ?

Illustration d'Harvey Kurtzman extraite de Thelonious Violence

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