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Billet de blog 26 févr. 2022

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Je suis bien ennuyé

L'acte guerrier de la Russie est injustifiable, car il ne respecte en rien le droit international, même si d'autres ne le respectent pas non plus. Ce n'est pas une raison. Essayons de comprendre comment on en est arriver là et défendons la nécessité de négociations rapides et claires pour assurer à chacun la sécurité de son territoire...

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L'acte guerrier de la Russie est injustifiable, car il ne respecte en rien le droit international, même si d'autres ne le respectent pas non plus. C'est jouer avec le feu, comme par exemple se battre sur le site de la centrale de Tchernobyl. Il faut user de tous les moyens diplomatiques pour enrayer un processus extrêmement dangereux. Seules des négociations où les opposants assumeront leurs responsabilités mutuelles, garantissant à toutes les parties leur sécurité, peuvent résoudre le conflit.

Mais je suis bien ennuyé. Devant les cris unanimes dénonçant unilatéralement la Russie dans la guerre en Ukraine et la menace brandie d'une troisième guerre mondiale qui affole les foules, je crains de ne pas être compris, mais ai-je d'autre choix que d'essayer de comprendre ? J'ai eu ce même sentiment d'isolement par exemple à l'époque de Solidarność ou Je suis Charlie...

D'abord, je souhaiterais rassurer les plus jeunes qu'on terrorise à l'école en brandissant le spectre de la guerre sur notre sol national. C'est complètement idiot. Cela me rappelle les anti-communistes primaires qui, au siècle dernier, craignaient une invasion soviétique alors que nous étions explicitement inféodés aux États Unis, ce que nous sommes toujours d'ailleurs, et que les Russes avaient d'autres chats à fouetter que de conquérir toute l'Europe. Cette polarisation sur l'Ukraine masque surtout les vrais problèmes, sociaux à un petit niveau, écologiques si on prend conscience de ce que signifie réellement le dérèglement climatique d'ici cinq à huit ans. À ce propos, et ce n'est pas totalement étranger à ce qui se passe en Ukraine : ce n'est pas en remplaçant les énergies fossiles et en avançant des solutions technologiques qu'on peut repousser la catastrophe, mais en optant définitivement pour la décroissance. Je ne m'égare pas tant que cela, parce que l'enjeu énergétique est fondamental dans la guerre actuelle, comme dans la plupart des autres. Les USA ont d'abord tout intérêt à monter leurs alliés européens contre la Russie à laquelle nous achetons son gaz pour nous refourguer leur gaz de schiste excédentaire qu'ils nous enverraient par bateaux réfrigérés ! D'un autre côté il est impossible de soutenir la Russie revancharde dans sa brutalité meurtrière, même si elle a été humiliée par le non respect des accords passés au moment du démantèlement de l'Union soviétique. Je fais référence à l'implantation des bases militaires de l'OTAN tout le long de la frontière russe, ce qui peut être logiquement compris comme une menace du point de vue des Russes. Mais pointer le Traité de Versailles et la crise de 1929 ne disculpe pas le nazisme !

Je rappelle que j'ai toujours été non violent, même s'il peut m'arriver de soutenir des mouvements de libération dans des circonstances où la légitimité est indiscutable, et que le recours à la violence m'apparaît le plus souvent comme l'aveu de l'impuissance. Pour ne pas être trop long, je dirais que toute guerre est avant tout économique, et qu'il est donc nécessaire de comprendre les enjeux pour pouvoir juger des responsabilités des uns et des autres. Dans tous les cas l'industrie de l'armement se goinfre sur les conflits, sachant que les États Unis et la Russie en sont les principaux fabricants et exportateurs avec 31% chacun de la production mondiale. Dans le cas de l'Ukraine, c'est sans parler des céréales (le "grenier à blé de l'Europe"), ni des ressources minières (fer, charbon, uranium, potasse, etc.). La paix retrouvée, l'industrie de la reconstruction embraye ensuite cyniquement le pas. Dans certains cas, on règle aussi quelques problèmes de populations, soit pour se débarrasser de secteurs sociaux encombrants (exemple: la Première Guerre Mondiale avec la paysannerie), soit pour assumer avec retard des découpes frontalières si imbéciles qu'on peut les taxer de criminelles (exemple : l'Inde et le Pakistan).

Au jeu des comparaisons, on peut aussi se demander si la levée de boucliers contre la Russie aujourd'hui trouve son équivalent sur l'invasion par les Américains de l'Afghanistan ou de l'Irak, ou nos bombardements en Lybie ? Ces pays ne me semblaient pas menacer nos frontières ! Question proximité, comparons avec l'annexion de Jérusalem Est par Israël ou des territoires occupés, à grand renfort de bombardements et de mesures de rétorsion contre les Palestiniens. Les camarades qui font flotter des drapeaux ukrainienns sur le Net connaissent-ils la nature du régime de ce pays, mélange de néo-libéraux et de nazis historiques ? Ce n'est évidemment pas notre problème. Si nous espérons arrêter la guerre en Ukraine, ce n'est pas en rendant Poutine unilatéralement responsable, mais en réunissant honnêtement tous les protagonistes autour d'une table pour que les populations qui prennent tout sur la figure sans y être pour grand chose puisent vivre dans la paix. C'est certainement un vœu pieu, car c'est faire fi des intérêts économiques du capitalisme, qu'il soit de l'ouest ou de l'est. Le problème réside bien dans les contrats énergétiques qui assassinent la planète au lieu de militer activement pour une décroissance indispensable.

Restons mesurés. Les choses ne sont pas noires et blanches. Lorsqu'un couple se sépare, amoureusement ou professionnellement, j'ai l'habitude de défendre les arguments de l'autre, comme récemment j'essayais d'expliquer ceux des provax aux antivax et réciproquement. Si l'on veut changer le monde, et il y a urgence, il est indispensable de ne pas avaler les couleuvres diffusées par les gouvernements sur les canaux respectifs qu'ils possèdent. L'information a toujours été le quatrième corps d'armée, or je reste farouchement antimilitariste !

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