La marche des lucioles

Le disque des clarinettistes Étienne Cabaret et Christophe Rocher me fait penser à une gloire traversant les nuages. Leur album est lumineux, entraînant, joyeux, sautillant, il avance en faisant fi des mauvaises nouvelles, dans la tradition des musiques engagées, comme on sait le faire en Bretagne...

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Longtemps les lucioles me firent essentiellement penser à leur Tombeau, chef d'œuvre filmé par le réalisateur japonais d'animation Isao Takahata, évocation génialement déprimante de la guerre traversée par deux enfants après le bombardement de la ville de Kōbe. Et l'article des lucioles de Pier Paolo Pasolini ne nous remontera pas le moral. Pour mon soixantième anniversaire le photographe Michel Séméniako m'offrit heureusement un merveilleux tirage issu des lettres d'amour des mouches à feu qui m'accueille aujourd'hui chaque fois que je rentre à la maison. Le vent tournerait-il ? Ce n'est hélas pas l'impression que donne le climat politique de notre pays qui glisse dans l'horreur autoritaire, dérive honteuse au pays qui fut jadis celui des Droits de l'Homme.

Tandis que nous subissons la gestion criminelle de la crise dite sanitaire, paraît en Bretagne La marche des lucioles. Il est vrai que cette région a été relativement épargnée par le virus et, en jouant au chat et à la souris avec les Robocops décervelés, certains purent continuer à admirer l'horizon dégagé de l'océan, voire s'y baigner de lumière. Le disque des clarinettistes Étienne Cabaret et Christophe Rocher me fait justement penser à une gloire traversant les nuages. Si les lucioles sortent la nuit, leur métaphore représenterait-elle un photophore ? Leur album est lumineux, entraînant, joyeux, sautillant, il avance en faisant fi des mauvaises nouvelles.

CABARET ROCHER - teaser © Ensemble Nautilis
Les clarinettes traditionnelles de Cabaret sont droites, celles de Rocher arrondies par le jazz. Ensemble ils forment Cabaret Rocher, de quoi danser en bord de mer, surtout en faisant des vagues. Sur le blog qu'ils consacrent à La marche des lucioles, ils évoquent les musiques engagées qui ont traversé l’histoire et invitent des artistes à s'inspirer chacun, chacune d'une des onze pièces qu'ils ont jouées en duo. La vidéaste Oona Spengler plonge, la graphiste Olivine Véla ajoute une image à celles qu'elle a créées pour la pochette, leur amie chinoise Luyi se rapproche des lucioles, Eric Legret photographie une danseuse, le compositeur et artiste visuel Rob Mazurek leur envoie un tableau, l'artiste vidéo Pierre Bussière traverse la forêt, Guy Le Querrec retrouve une photographie du soixantième anniversaire de ses parents prise à Rostrenen chez les parents d'Étienne Cabaret (!), l'illustration du chanteur breton et producteur de miel Jean-Daniel Bourdonnay souligne la colère des lucioles, la graphiste Sara Garagnani revient vers l'utopie...

Le temps que j'écrive mon article, la musique cède soudain la place au silence, le jour à la nuit, mais dans mon jardin les seules lucioles que je vois sont celles qui apparaissent en me frottant les yeux, incrédule, comme celles d'Étienne et Christophe font briller nos oreilles...

→ Cabaret Rocher, La marche des lucioles, CD Musiques Têtues, dist. L'autre distribution, 15€

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