Kings and Bastards de Roberto Negro

Roberto Negro est la meilleure surprise de la rentrée. Le pianiste dont c'est le premier CD en solo ne cède pas aux chimères du jazz américain comme tant de ses collègues. S'il s'inspire de ses études classiques il élabore un discours personnel par le truchement de ressorts dramatiques que lui offre l'addition du piano, du piano préparé et de l'électronique...

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Mis à part l'album de mon centenaire (!), Kings and Bastards de Roberto Negro est la meilleure surprise de la rentrée. Le pianiste dont c'est le premier album en solo ne cède pas aux chimères du jazz américain comme tant de ses collègues. S'il s'inspire de ses études classiques il élabore surtout un discours personnel par le truchement de ressorts dramatiques que lui offre l'addition du piano, du piano préparé et de l'électronique. J'adore ses timbres de hang, gamelan, filetages, résonnateurs qui me rappellent ceux du piano préparé échantillonné par l'Ircam ou les instruments savamment samplés par SonicCouture. Si le gant est retourné, Roberto Negro le relève haut la main. Les douze pièces sont merveilleusement composées, instantanées ou préalablement écrites, qu'elles profitent de cette alchimie ou de la pureté du Fazioli enregistré au Studio Artesuono à Udine ou d'un Steinway B. Les effets électroniques ajoutés en post-production sont toujours délicats et adéquats, même dans les rares ruptures que le pianiste manie ailleurs avec la plus grande virtuosité. L'atmosphère est ici au recueillement, tendre et romantique. On voyage en diligence. En écoutant certaines pièces comme Fahrenheit 1.7 j'ai pensé que si Lucchino Visconti demandait aujourd'hui à Nino Rota de composer la musique de son prochain film cela sonnerait peut-être ainsi. Roberto Negro assume depuis toujours ses racines italiennes. Mais la promenade traverse aussi bien le Congo, l'Indonésie ou nos banlieues, à condition que l'on s'y rende de nuit, subrepticement, quand toute la ville dort pour nous surprendre. Une découverte est un élément de décor placé derrière une ouverture pour simuler l'arrière-plan. La musique s'en est fait une spécialité. Alors, lorsque l'aube surgit, subsiste le désir de revenir le lendemain soir pour apprécier chaque détail de notre tragique histoire. Les rois, devenus de fieffés bâtards, révèlent aux bâtards qu'ils en sont les véritables rois, à condition qu'ils osent prendre le pouvoir que l'imagination leur accorde. Sic.

→ Roberto Negro, Kings and Bastards, cd CamJazz/Harmonia Mundi, sortie le 5 octobre 2018
Mais si vous êtes trop impatients, rendez vous au Studio de l'Ermitage à Paris le 4 septembre ! Ou plus tard à Lyon, Orléans, Nantes, Avignon, Radio France, Fontenay-sous-Bois, etc.

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