Gakusei Jikken Shitsu, labo explosif japonais

Il faut être japonais pour diffuser une telle énergie. Sont-ce des réminiscences de l'ineffaçable catastrophe de Hiroshima ou la réaction épidermique à une société oppressante restée médiévale ? Lorsqu'ils s'en affranchissent, les îliens de l'Empire du Soleil Levant l'expriment souvent avec la plus grande violence. Est-ce du free jazz nippon, de la noise salvatrice ou un seppuku musical ?...

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Pas l'ombre d'une ambiguïté quant à la nationalité du trio Gakusei Jikken Shitsu. Il faut être japonais pour diffuser une telle énergie. Sont-ce des réminiscences de l'ineffaçable catastrophe de Hiroshima ou la réaction épidermique à une société oppressante restée médiévale ? Lorsqu'ils s'en affranchissent, les îliens de l'Empire du Soleil Levant l'expriment souvent avec la plus grande violence. Il semble n'y avoir d'avenir que pour les cosmopolites. De plus, un plafond de verre relègue les Japonaises tout en bas de l'échelle sociale. Ces considérations peuvent paraître outrées, mais Gakusei Jikken Shitsu, le Laboratoire des Étudiants Expérimentaux, ne déroge pas à la règle. La saxophoniste Ryoko Ono qui signe aussi le mixage, la batteuse Yuko Oshima, membre du duo Donkey Monkey avec qui j'eus la chance de jouer, le bidouilleur d'électronique Hiroki Ono qui éructe dans le micro, ont les doigts dans la prise. Le mélange des timbres et des attaques occupe tout l'espace. Que l'on n'aille pas dire que les filles manquent de pêche ! Heizikan est une montagne, que mon traducteur automatique affuble du suffixe Q&A. Questions et réponses de trois laborantins facétieux qui ont donné à leur album le nom d'un poème chinois de la dynastie Tang, 山中問答 (Shānzhōng Wèndá) du poète 李白 (Lǐ Bái). C'est très chic d'en recopier les caractères, exotique en diable comme la pochette due à Ryoko Ono elle-même...

Gakusei Jikken Shitsu "HEKIZAN" © hirutronics
Est-ce du free jazz nippon, de la noise salvatrice ou un seppuku musical ? Allez savoir ! Enregistré à Nagoya au Japon, Heizikan peut aussi bien représenter une explosion nucléaire, la colère que ses traces produisent sur les nouvelles générations ou un disque kamikaze que seuls quelques fous furieux encenseront. On ne le saura jamais. Les repères nous manquent. C'est de notre côté ce qui le rend séduisant. Plus de questions que de réponses. Le sens des mots hurlés nous échappent, mais les titres livrent des pistes en forme de points d'interrogation. Cette époustouflante crise de nerfs dont on ne ressort pas indemne ressemble à un legs de jeunes adultes à leur progéniture grandissante. Comme si à chaque passage de la vie correspondait une phase critique, une tempête avant le calme. Ici vraisemblablement Force 11.

→ Gakusei Jikken Shitsu, Heizikan - le lp inclut une version cd - Bam Balam Records, 16,95€

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