Screwball comedies

Se projeter une screwball comedy par ce temps maussade est une parade imparable contre la déprime. Caractérisées par un couple qui se bat en duel à longueur de mots, avec des femmes fortes et des hommes renvoyés à leur arrogance gamine, elles explosent de loufoquerie impertinente, abordant souvent le féminisme et la lutte des classes...

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Se projeter une screwball comedy par ce temps maussade est une parade imparable contre la déprime. Le coffret qui rassemble My Man Godfrey (Mon homme Godfrey) de Gregory La Cava, Nothing Sacred (La joyeuse suicidée) de William Wellman, une version restaurée de His Girl Friday (La dame du vendredi) de Howard Hawks, ainsi que deux documentaires de Clara et Julia Kuperberg est donc tout indiqué. Les éditions Montparnasse avaient déjà publié un coffret de dix films des sœurs réalisatrices françaises autour du mythe hollywoodien, mais j'attendais d'avoir tout regardé avant de le chroniquer. Chacun aborde un sujet particulier : le sexe avant et après le Code Hays, les réalisatrices (Alice Guy, Lois Weber, Frances Marion, Dorothy Arzner), les acteurs travaillant pour l'OSS ancêtre de la CIA, les thrillers tournés à Los Angeles, les potins de Louella Parsons et Hedda Hopper, mais aussi Orson Welles, Steve Schapiro, Gene Tierney ou Ronald Reagan ! Cela tient évidemment d'un inventaire à la Prévert, et si la facture des documentaires est classique, les sujets sont toujours passionnants. Ainsi ceux sur la screwball comedy ou Billy Wilder qui accompagnent le nouveau coffret m'ont énormément intéressé.

La screwball comedy est le plus souvent caractérisée par un couple qui se bat en duel à longueur de mots, avec des femmes fortes et des hommes renvoyés à leur arrogance gamine. En 1930 l'arrivée du parlant sonne le glas du slapstick burlesque. Dès 1934 avec It Happened One Night et New York Miami de Frank Capra la screwball comedy explose en loufoquerie délicieuse et impertinente. Féminisme et conscience de classe dynamitent le cinéma hollywoodien. Il faut voir ou revoir She Married Her Boss de Gregory La Cava, L'Extravagant Mr. Deeds (Mr. Deeds Goes to Town) et Vous ne l'emporterez pas avec vous (You Can't Take It With You) de Frank Capra, Cette sacrée vérité (The Awful Truth) de Leo McCarey, Train de luxe (Twentieth Century), L'Impossible Monsieur Bébé (Bringing up Baby) et Boule de feu (Ball of Fire) de Howard Hawks, La Huitième Femme de Barbe-Bleue de Ernst Lubitsch, Indiscrétions (The Philadelphia Story) de George Cukor, Un cœur pris au piège (The Lady Eve) et Madame et ses flirts (The Palm Beach Story) de Preston Sturges, Plus on est de fous (The More the Merrier) de George Stevens... Hawks, Wilder et d'autres continueront cette tradition, souvent avec succès, mais rien ne vaut les originaux avec leurs dialogues incroyablement aiguisés ! Je ne savais pas que Billy Wilder avait un accent allemand à couper au couteau et qu'il s'exprimait mieux dans sa langue maternelle qu'en américain. Comme pour Preminger récemment, j'ai été intéressé par ses souvenirs de l'Europe avant qu'ils ne prennent la poudre d'escampette.

Screwball Comedy, coffret 3DVD, ed. Montparnasse, 30€
Il était une fois... Hollywood (pas celui de Tarantino, d'un mortel ennui), coffret 5 DVD, ed. Montparnasse, 40€

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