Autopsie d'un meurtre

Si je me rappelais de ce film policier d'Otto Preminger, un des grands films de procès, c'était d'abord grâce à la partition de Duke Ellington et au générique de Saul Bass. Le coffret DVD/Blu-Ray contient un documentaire "Cinéastes de notre temps" passionnant de André S. Labarthe où Annette Michelson interviewe le cinéaste, une bande-annonce que je livre ici...

preminger
J'ai attendu d'avoir regardé tous les bonus de l'édition "Prestige Limitée Combo Blu-ray/DVD + Memorabilia" pour évoquer la sortie remasterisée 4K d'Autopsie d'un meurtre (Anatomy of a Murder). Le film d'Otto Preminger me rappelait d'abord la musique de Duke Ellington et le générique (et l'affiche) de Saul Bass. Un des grands films de procès, il réfléchit parfaitement la quête d'authenticité du méticuleux cinéaste viennois. Je devrais dire "américain", car ce juif viennois n'avait aucun désir de revenir en Autriche qu'il considèrait comme le berceau du nazisme, comme il le raconte à Annette Michelson dans le long entretien, resté quarante ans inédit, qu'il accorde à Cinéastes de notre temps, l'indispensable émission produite par André S. Labarthe et Janine Bazin. Cette rigueur du détail et l'élégance plastique de ses plans ne sont d'ailleurs pas étrangères à ses origines culturelles.

Je rentre justement de Vienne où j'ai trouvé que le racisme s'était atténué par rapport à ma dernière visite il y a vingt ans. Je ne pourrais hélas pas dire cela de la France où la mafia bancaire au pouvoir s'en sert dangereusement pour conserver ses prérogatives et vendre notre pays au privé, mais ça c'est une autre histoire. Je venais également de revoir le dernier volet de la trilogie d'Axel Corti, Welcome in Vienna, suivi du formidable entretien avec son auteur, Georg Stefan Troller, dont c'est l'autobiographie. Mais Autopsie d'un meurtre est bien un film américain, enquête policière minutieuse où le système judiciaire est décortiqué et où le caractère de chaque personnage révèle ses ambiguïtés. Pourtant, si le cadre est l'état du Michigan, le fond est viennois, pour ne pas dire freudien. L'échange entre la Michelson et Preminger s'intitule Otto Preminger and the dangerous woman tant la critique tente de coincer le cinéaste qui résiste à analyser son œuvre. Elle évoque aussi sans succès le cinéma expérimental et les jeunes réalisateurs, tandis qu'il revendique une observation et des choix pragmatiques, sachant qu'il n'y a pas besoin de forcer le style pour qu'il se dégage de l'ensemble de son œuvre.

Autopsie d'un meurtre © cinemaetcie
Dans ce film de près de trois heures de 1959, James Stewart, Lee Remick, Ben Gazzara, Arthur O'Connell, George C. Scott et tous les comédiens sont parfaits dans leurs rôles de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde. Positifs ou négatifs, ils ne sont des héros que pour tenter de vaincre banalement leurs contradictions. Tous les protagonistes ont la nécessité de se sortir de l'ornière où ils sont tombés, l'avocat marginalisé, le vieil assistant alcoolique, la secrétaire qui se sent inutile, l'assassin of course, sa femme à la fois naïve et manipulatrice... Ne sommes-nous pas tous fragiles, ou du moins fragilisés par les hauts et les bas de nos existences ?

Vous pouvez regarder ici le générique de Saul Bass composé par Duke Ellington, ailleurs brièvement présent dans son propre rôle. Autopsie d'un meurtre et l'entretien en bonus m'ont donné envie de revoir d'autres films de Preminger : Laura, L'Éventail de Lady Windermere, Rivière sans retour, Carmen Jones, L'homme au bras d'or, Bonjour Tristesse, Porgy and Bess, Exodus, Tempête à Washington, Le cardinal, Bunny Lake a disparu, Skidoo et tant d'autres dont j'ignore tout.

→ Otto Preminger, Autopsie d'un meurtre, Combo Blu-ray/DVD avec documentaire de André S. Labarthe, bande-annonce (et quelle bande-annonce ! Voyez ci-dessus, fut un temps où ces petits courts métrages étaient autre chose qu'un résumé, spoiler constitué d'extraits des scènes les plus raccoleuses), actualités cinématographiques + fac-similé en anglais du livre de Richard Griffith (132 pages), 5 photos, l'affiche, ed. Carlotta, 28€

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