Une maison verte à Marseille ? A quoi bon ?

Il y a tout juste un mois, le 6 juin 2015, je publiais un premier billet pour attirer l’attention sur le mauvais sort fait par la municipalité à la Maison verte de Marseille, dite Maison du Vallon.

Une pétition est en cours, elle sera bientôt remise à ses destinataires, mais entre-temps la situation s’est sensiblement dégradée. Le dernier Conseil municipal en apporte la preuve, misérable.

 

La scène se déroule aux rives du Lacydon, dans la seconde ville de France. L’Olympe phocéen est réuni en grand Conseil des demi-dieux, sous l’autorité de Jupiter, un Jupin vieillissant, jovial, méprisant et parfaitement cynique.

La séance s’étire, il y a déjà plus de cinq heures qu’elle a commencé. Visiblement fatigué, pressé d’en finir sans aucun doute, le dieu président égrène la liste des rapports soumis à l’assemblée. Voilà un peu plus de vingt ans qu’il est Maire de Marseille, la mécanique est parfaitement huilée.

 

- JUPIN (mécanique, puis légèrement décontenancé)

 ... 326, 327 ... 330, 331, il y a une question orale, il y en a une ou il y en a deux ?... Il y en a une, c’est quoi alors, ça ? 

 

(Une voix dans l’hémicycle)

- La Maison du Vallon...

 

- JUPIN (surpris)

Bon, qu’est ce qui fait la question orale, là ?

(Regard furtif à l’entourage immédiat)

J’ai la réponse ?

(Une main empressée lui tend un papier)

 

- (un intervenant, demi ou quart de dieu, lit d’une voix mal assurée)

Le groupe socialiste exprime ses inquiétudes quant à l’avenir de la structure d’accueil de jeunes enfants dite Maison du Vallon, qui occupe depuis plus de 25 ans un local au 17 rue de Lodi. Ce local appartenant au CCAS vient d’être vendu à un opérateur privé sans qu’une solution satisfaisante de relogement soit proposée à l’Association Maison du Vallon. Cette structure d’accueil, de prévention et d’écoute a reçu plus de 5 000 enfants et leurs parents cette année, et son rôle est reconnu par tous les partenaires sociaux.

 

- JUPIN (fougueux)

 (...) Il n’y a pas de débat, là. Il y a la réponse ! Alors je fais d’abord la réponse et si vous la considérez comme incomplète, n’hésitez pas.

(Magistral, il lit le papier qu’on vient de lui transmettre, et qu’il découvre probablement à mesure de sa lecture)

« La Direction de l’Action Sociale et de la Solidarité participe à la recherche de locaux adaptés en préconisant à l’association une mutualisation des locaux avec d’autres associations œuvrant dans le domaine, pour réduire les coûts.

[D’emblée, le seul aspect quantitatif est mis en avant ; cette pseudo solution est en fait quasi impossible, des matériels et des équipements permanents occupent une partie de l’espace, ils sont nécessaires au fonctionnement quotidien de la Maison, et ne peuvent par conséquent être sans cesse démontés, remontés.]

La Maison du Vallon est une association accueillie dans les locaux du CCAS onze-treize rue de Lodi. Elle y gère une Maison Verte. Or, dans un avis de la Chambre Régionale des Comptes, celle-ci a estimé que les activités au sein de cet immeuble ne contribuaient pas vraiment au but social de l’établissement. Et qu’il convenait que le CCAS engage une procédure de cession de ce bien.

[Ce charabia constitue une véritable condamnation de la Maison du Vallon]

Une promesse de vente a été passée avec le futur propriétaire en novembre 2014. L’acte authentique devrait être signé en septembre-octobre 2015. La Direction de l’Action Sanitaire...de l’Action Sociale et de la Solidarité, en liaison avec le Service Famille est à la recherche d’un lieu d’accueil permettant soit de regrouper plusieurs acteurs associatifs dans la Maison du Vallon accueillant les mêmes publics, soit un relogement spécifique dans des conditions locatives adaptées à cette association.

[Paroles, paroles, où comment noyer le poisson]

La difficulté pour trouver un nouveau site d’accueil dans le même secteur a conduit la Direction de l’Action Sociale et de la Solidarité à élargir le périmètre de la recherche. Des solutions sont à l’étude et nous devrions obtenir des éléments de réponse courant juillet, que je ne manquerai pas de vous faire parvenir. »

[Le flou de ce baratin ne peut satisfaire que qui est assez naïf pour y prêter attention. Il suffit d’ailleurs de lire la suite des interventions pour se convaincre du grossier mensonge]

 

(Trois Harpies, divinités de la vengeance divine et de la dévastation, invulnérables et caquetantes, elles dévorent tout sur leur passage –la mythologie l’affirme -, vont alors prendre la parole tour à tour. Chacune d’entre elles est adjointe au Maire. L’une à l’Action Sociale et aux Centres sociaux, l’autre à la Famille, la troisième à  la Petite enfance et aux crèches.)

 

- HARPIE 1 (d’abord doucereuse,  s’affermissant peu à peu)

(...) effectivement nous avons décidé de mettre en vente ce bien par rapport au problème budgétaire et financier que tout le monde connait (...) cet immeuble coûte de l’argent au CCAS et donc nous n’avons pas le rôle de bailleur social (...) tout à fait ce que nous dit la Chambre Régionale des Comptes.

[L’Action sociale est bien proche des fameux « Plans sociaux », si chers aux entreprises. On dégraisse]

Par ailleurs, cette association a été informée de la vente il y a plus de trois ans et donc nous lui avons demandé de commencer, il y a plus de trois ans, à chercher des locaux, et ils ont toujours refusé de chercher des locaux. Avec un loyer de 300 euros par mois, effectivement il est difficile de trouver mieux ailleurs.

[Deux remarques : - c’est évidemment au locataire expulsé de trouver à se reloger, le bailleur n’a aucune responsabilité « sociale » là-dedans ; - un faible loyer accordé à une association, cela s’appelle ailleurs une subvention de fait]

(...) nous sommes toujours en train de trouver des solutions, mais je demande expressément aux responsables de la Maison du Vallon de faire des efforts aussi également et d’essayer de trouver des locaux par eux-mêmes parce que nous n’avons pas une obligation de leur trouver des locaux par ailleurs (...)

[Quelles solutions est-on en train de trouver en permanence ? N’y aurait-il pas là comme un aimable mensonge ?]

Comme par hasard cette affaire ressort quand il y a tout le temps des échéances politiques qui arrivent. C’est ressorti pour les municipales, c’est ressorti pour les départementales, ça ressort pour les régionales (...)

[Ces gens qui demandent des comptes aux élus ne sont que d’infâmes gêneurs, des malpolis, des voyous. Ils ne méritent aucune considération]

Donc maintenant, il faudrait que chacun prenne ses responsabilités. Nous n’avons pas un rôle de bailleur social à jouer pour ces associations,  d’autant plus que nous sommes garants de l’argent public et que cet immeuble coûte énormément d’argent au CCAS.

[La raison d’être d’un Centre Communal d’Action Sociale est clairement d’assurer la gestion financière d’un patrimoine bâti, l’intérêt à porter à la petite enfance et le rôle d’insertion et de prévention des troubles du comportement que jouent les Maisons Vertes ne sont qu’un aspect très secondaire. On ne peut pas être plus clair]

 

- HARPIE 2 (avec suavité, puis énervement progressif)

(...) on a été aux petits soins pour cette association. (...) Nous n’avons jamais eu un merci, et même quand on est allés sur place ... on n’a pas eu de merci, au contraire ! (...) On a fait le maximum, on a mobilisé... on s’est tous mobilisés. (...) qu’on vienne nous resservir ça en question au moment du Conseil Municipal, je trouve ça particulièrement déplacé.

[Conclusion : l’affaire est entendue, d’ailleurs ces gens ne valent pas la peine, ce sont de grossiers goujats. La petite enfance ? De quoi s’agit-il, inutile d’en parler !]

 

- HARPIE 3 (avec le ton d’un témoin important)

Je voudrais juste dire que ... nous avons proposé une solution ... et que cette solution n’a pas été acceptée parce que c’était toujours très compliqué. Alors que, quand même, on a vraiment fait tout ce qu’il fallait.

[Fermez le ban, la cause est entendue, la question est celle de notre relation avec des individus de sac et de corde ; il ne leur arrive que ce qu’ils méritent ! La petite enfance on s’en fout, l’objet n’est que d’affirmer notre pouvoir !]

 

- JUPIN (il sort de sa léthargie et se souvient qu’il est avant tout Jupiter tonnant. Il va administrer une belle leçon à ses thuriféraires, flirtant avec le ton de la prosopopée antique)

Euh, c’est ma conclusion de ce matin : attention mes chers collègues ! C’est vous qui êtes élus du peuple ! C’est vous qui représentez le peuple ! Tous ceux et toutes celles qui veulent se substituer à nous sous forme associative, contestataire, etc. ou qui occupent même des lieux qui sont à nous, avec des avantages financiers qui ont été évoqués, qu’ils fassent un peu attention !

(...) Ne vous laissez pas dépasser. Les élus c’est nous. Et ce n’est pas toute la vie associative, même si nous avons un grand respect... Elle ne peut pas se substituer à nous.

 

CETTE LEÇON DE TOTALITARISME ET CES MENACES TOTALEMENT CONTRAIRES A UN EXERCICE DEMOCRATIQUE DU POUVOIR ONT ETE PROFEREES DU HAUT DE SA CHAIRE MUNICIPALE PAR MONSIEUR LE MAIRE DE MARSEILLE, AU TERME DE LA SEANCE DU CONSEIL MUNICIPAL DU 29 JUIN 2015.

UNE REACTION A LA MESURE DE LA PROVOCATION SE FERA-T-ELLE JOUR ?

 

(Les citations des interventions proviennent du décryptage de l’enregistrement audio-visuel de la séance, que l’on peut consulter sur Google – séance du Conseil municipal de Marseille du 29/06/15 – à partir de 5h17)

 

 

 

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