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Billet de blog 15 mars 2020

À propos du Covid-19

À l'heure d'une panique planétaire face au virus toujours méconnu, estimons correct de se concentrer sur les faits qui nous sont présentés, et de nuancer la situation.

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Il y a quelques semaines désormais, nous apprenions l'existence du coronavirus. À une heure de grande écoute, l'émission Quotidien de Yann Barthès partageait les images d'une situation aux traits apocalyptiques dans une ville chinoise, Wuhan. Population tombant dans les rues, confinement extrême des habitants, alarmes dignes d'une catastrophe nucléaire. Voici, pour beaucoup d'entre nous, le premier contact au virus. Aucun doute là-dessus : le virus allait aussi toucher les autres continents — bien qu'Agnès Buzyn, jusqu'à lors ministre de la santé, soulignait que le taux d'importation du virus serait "quasi nul". La panique commence alors à gagner les réseaux sociaux. Les médias essaient de calmer le jeu, puis se mettent finalement à paniquer, et à faire paniquer. Et, que nous soyons d'accord sur ce point : il est inutile et assez incohérent de défendre une position de chill. La peur est normale et, si elle existe, c'est qu'elle nous est bénéfique. Bénéfique, bien qu'il ne faille cependant pas sombrer dans une psychose sociale, que nous avons malheureusement déjà atteinte. C'est pourquoi j'aimerais que nous nous posions un instant, que nous observons ensemble les faits actuels, les prévisions de l'évolution de la situation par des scientifiques dont c'est le domaine, et que nous évitions de nous engouffrer dans une panique incessante, pesante, quelque peu irrationnelle et donc dénigrante au Commun.

Situation actuelle : bilan des cas et décès

"Les régions touchées par le coronavirus"

 À l'heure actuelle, nombreux pays sont touchés. En Italie, pays qu'assez ironiquement Rousseau refusait de voir transformé en lazaret — entendre ici un établissement de quarantaine — l'est bien devenu. C'est plus de mille morts au compteur pour ce seul pays. Après vingt-cinq jours, la botte doit faire face à plus de douze mille cas. La France, cinquième pays le plus touché par le virus, comptabilise, à l'heure où j'écris ces lignes, plus de 1400 cas, pour 25 morts. En Chine, pays d'accueil du virus, c'est actuellement plus 80 000 cas pour une mortalité d'environ 4 %, soit environ 3000 morts.

Comme vous pouvez le remarquer, bien que les nombres de cas puissent sembler extravagants, il n'en est rien pour ce qui est de la mortalité. La Chine a d'ailleurs, le 14 mars, inscrit le plus petit nombre de cas par jour depuis la comptabilisation quotidienne ayant débuté en janvier : 11. Plus rassurant, l'essentiel des cas qui se présentent à l'Empire céleste sont désormais du fait des personnes venant de l'étranger. L'épidémie semble commencer à tendre vers un ralentissement, et plus de 80 % des personnes atteintes de la maladie ont été guéries, et ont quitté leur l'hôpital... Mais bien que nous ayons envie de rire devant de telles nouvelles, l'heure n'est pas de restreindre nos restrictions visant à ne pas propager le virus. C'est un point que j'aimerais aborder.

Compréhension de la situation

J'ai pu récemment parler à une personne, dont la compréhension du sujet m'a laissé perplexe. Pour le citer : "Bof, je vais sortir ce week-end. Je ne suis pas atteint du coronavirus. Et puis, si j'en suis atteint, le taux de mortalité pour mon âge est presque à zéro. Inutile de me restreinte autant.". Voici un discours centré sur soi-même, alimenté par une incompréhension globale du sujet, que nous devons combattre.

Si la Chine a su ralentir la croissance exponentielle de la propagation du virus, c'est grâce aux restrictions imposées par le gouvernement, qui visaient à éviter tout contact, en effectuant le moins de déplacements possible. Et c'est justement ce que les gouvernements occidentaux commencent à comprendre. C'est ainsi que Emmanuel Macron ferme les établissements scolaires, ou empêche désormais les rassemblements de plus de cent personnes. — Et j'aimerais partager l'incohérence de certaines personnes, que nous pouvons retrouver dans un seul et même tweet de la Tendance Action Collective et Luttes Étudiantes, du syndicat étudiant UNEF.

Que les cours annulés puissent réjouir d'un côté, ou au contraire déplaire, l'important est ici de comprendre pourquoi on en arrive à cette décision.

L'argument "Ça va, je suis jeune : inutile de me restreindre. Mortalité à zéro."

Toujours en Chine, on s'est rendus compte que le taux de mortalité chez les jeunes étaient bien plus faibles que chez une personne dite vulnérable, à savoir, dans la plupart des cas, une personne âgée, dont les organes sont plus fragiles. L'âge médian est donc de 51 ans, où la très grande majorité des cas se situe entre 30 ans et 70 ans. L'hypertension, les maladies respiratoires, le diabète, les maladies cardiovasculaires (...) permettent au virus d'être un danger non négligeable, et les personnes de 60 ans deviennent alors les plus exposées à une éventuelle complication. Chez les jeunes de moins de 19 ans, on se retrouve à 2,4 % de cas, soit un peu plus de 1200 cas sur les plus de 80 000 de Chine. Et, sur ces 1200 jeunes, seuls 2,5 % ont développé une maladie dont la gravité est conséquente. C'est à dire à peine 30 personnes.

Mais, sur ces jeunes atteints, que ce soit en Chine ou dans le reste du monde, beaucoup développent une absence de symptômes, et ne sont donc pas au courant qu'ils sont bel et bien atteints par le Covid-19. Danger s'avérant redoutable pour les personnes dites vulnérables avec qui ils pourraient donc être en contact. La fermeture des établissements scolaires, ainsi que le confinement, sont donc mis en place pour éviter la propagation du virus et de, tout comme la Chine, freiner la vitesse de croissance des nouveaux cas.

"Des habitants en confinement" © Philippe de Poulpiquet

Bien que sanitaire, le virus pose aussi problème sur le plan économique.

Pour les plus jeunes d'entre vous, vous avez peut-être étudié en cours de géographie le krach du 29 octobre 1929 à Wall Street, celui du 19 octobre 1987 ou encore la crise des subprime en octobre 2008. Selon Alexandre Drabowicz, responsable adjoint de la plateforme actions chez Amundi, "On est passé d'une crise sanitaire à une crise financière". Cette fois-ci, comme le confirme la situation, c'est bien le krach lié au coronavirus qui risque très fortement de s'ajouter au programme scolaire dans les années à venir. Le pétrole rencontre sa plus grosse chute depuis quelques années, les investisseurs s'en remettent à vendre leurs actions. N'étant pas spécialiste sur le sujet, je vous renvoie aux articles qui discutent de la crise économique actuelle et à venir, abordée par de très nombreux médias, dont Mediapart, dans Le Journal ou encore Le Club.

L'importance est donc de ne pas mépriser l'impact du Covid-19. Sur l'aspect sanitaire, bien que mortelle dans certains cas, une très grande majorité des personnes touchées finissent finalement par guérir. Mais, que cette information ne vous conforte pas dans un mépris du confinement désormais quelque peu imposé par les États de multiples nations. La comparaison à la grippe n'est pas d'une pertinence convenable. Mais, si vous tenez vraiment à en faire une, comme la période de grippe que nous rencontrons chaque année, nous pourrions très bien croiser celle du Covid-19, selon certains épidémiologistes. L'heure n'est pas à la panique, mais à la compréhension.

Le coronavirus peut être indétectable, puisqu'asymptomatique dans un nombre de cas non négligeable. La jeunesse, en particulier, doit prendre conscience de ce danger, et chacun doit prendre soin de soi-même, pour le bien commun. Et, puisque j'ai commencé en parlant de Rousseau, j'aime à rappeler qu'il disait, dans le Contrat social, que l’interêt commun devait primer sur la volonté particulière.

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