Délit de solidarité

Délit de solidarité est le titre de mon livre, publié aux Éditions libertaires. Il raconte le parrainage parfois ingrat, parfois drôle, d'une famille étrangère sans papiers au sein du Réseau éducation sans frontières. C'est aussi l'histoire d'un journaliste en perte de sens dans un quotidien régional dont l'information n'est plus du tout la préoccupation.

"La même "justice" qui absout Christine Lagarde, l'ex-ministre de l'Économie et des Finances pour "négligence" de 450 millions d'euros, inculpe des petites gens pour délit de solidarité. Aider des réfugiés fuyant la guerre est un délit. Comme héberger des juifs lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce livre est un épisode de plus de cette ignominie qu'est cette soi-disant justice. C'est un récit documentaire. Tout est vrai. C'est un hommage au Réseau éducation sans frontières et à ses militant(e)s qui ont le courage, eux, de ne pas transiger avec la solidarité et l'assistance à personnes en danger. C'est donc, hélas, un livre d'une actualité brûlante !"

Voici la note des Éditions libertaires au sujet de mon livre, "Délit de solidarité".

L'actualité est d'autant plus brûlante que les mois et les majorités présidentielles passent sans que les politiques d'obstruction vis-à-vis des étrangers et de ceux qui leur viennent en aide ne changent. Elles se durcissent même. Dernier exemple en date : Cédric Herrou, un producteur d'olives des Alpes-Maritimes, a été condamné par la cour d'appel des Bouches-du-Rhône le 8 août 2017 à quatre mois de prison avec sursis pour aide à l'entrée et à la circulation d'étrangers en situation irrégulière. 

Mon livre témoigne de cette époque - notre époque - où la suspicion pèse sur l'étranger, une époque dans laquelle l'individualisme et la peur nés d'un système où la déshumanisation est à l'œuvre partout, répudient la fraternité, l'entraide et la solidarité.

En voici un extrait :

"Je ne crois pas à l'étranger parce qu'il est moi. Je crois à son étrangeté, oui. Ses différences, je les vois. Il me fait éprouver l'altérité. Il nourrit ma curiosité, me complète, me rend plus vaste, plus grand que moi-même, plus haut que moi-même. Et merde à la fin ! N'avons-nous pas suffisamment de place sur les six cent quarante-trois mille huit cent un kilomètres carrés du pays pour accueillir quelques milliers de personnes ? Avons-nous si peu envie de rire avec l'autre, d'échanger avec l'autre, de vivre avec l'autre ? Sommes-nous contraints de subir indéfiniment le métro-boulot-dodo, les calmants de la télé, du foot et du loto pour supporter ces vies de hamster cloisonnées chez soi, bien chez soi, loin de l'autre, là, l'étranger avec ses mauvaises intentions, qui vient voler notre boulot, c'est sûr, et notre chômage et nos allocs, aussi, et puis violer nos filles, abâtardir nos gênes, voler nos poules. Voleurs de poules, va ! Migrants de tout poil, nomades de tous pays, sachez-le, conquistadors en haillons, miséreux errants, vous n'êtes pas les bienvenus.

Eh bien si ! Vous êtes les bienvenus."

"Délit de solidarité" (Éditions libertaires), 14 €. https://editions-libertaires.org/?p=1144 ou à la Fnac : https://livre.fnac.com/a10494389/Jean-Louis-Dubois-Chabert-Delit-de-solidarite

 

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