LEON TROTSKI, ROMAN A propos de "Viva" de Patrick Deville

«L’écriture et la révolution, c’est la même chose»
Marguerite Duras


Dans ce « Viva », quand, en 1938, Malcolm Lowry quitte Mexico pour Oaxaca, «la cité de la terrible nuit» Patrick Deville, non sans nous avoir d’abord rappelé que le jeune écrivain anglais va loger dans le même hôtel «Francia» que le D.H Lawrence d’avant «Le Serpent à plumes», confie: « Il n’écrit pas le Volcan mais l’impossibilité d’écrire le Volcan ». Puis il précise: Lowry est à Oaxaca (après Tampico, Cuernavaca et Mexico) «pour souffrir et ne sera pas déçu». Car pour Lowry: « Il faut qu’elle (l’œuvre qu’il entreprend) soit tumultueuse, orageuse, pleine de tonnerre, le vivifiant verbe de Dieu doit y résonner proclamant l’espoir de l’homme, mais elle doit être aussi équilibrée, grave, emplie de tendresse, de pitié et d’humour »
Une fois Oaxaca quitté, et quelques années passées dans une cabane au Canada et à Haïti, Malcolm Lowry viendra enfin à bout de son «Under the Volcano» et le publiera en 1947. Mais, bien sur, sans le Mexique pas de Volcan.
Deville rappelle que l’incandescent roman évoque et cite Trotski (et pas Trotsky comme dans le bouquin de Deville). Et que, lorsque le 9 janvier 1939, le «proscrit» de Staline accoste à bord du pétrolier norvégien «Ruth» dans le port de Tampico, Lowry séjourne encore au Mexique. Et encore que, plus tôt dans le siècle le jeune mécanicien nicaraguayen Sandino et l’ancien porte parole de la république des conseils de Bavière (1919-20) Ret Marut ont travaillé dans ce port qui pue la mort.
Pour nous le faire sentir Tampico, Deville en appelle à Pierre Mac Orlan:
« On dit que l’argent c’est bien inodore,
Le pétrole est là pour vous démentir,
Car à Tampico quand ça s’évapore,
Le passé revient qui nous fait vomir »
Bien sûr, chers amis et camarades, le prolo Sandino en question, après s’être aguerri à l’anarcho-syndicalisme sur les docks de Tampico, créera le mouvement Sandiniste, pour finir massacré par les sbires du dictateur Somoza. Et le dénommé Marut écrira sous le pseudo de B. Traven, «Le trésor de la Seria Madre» que John Huston adaptera et tournera avec Bogart à Tampico même en 1948. (En 1984, il tournera une adaptation réussie de « Au dessus du volcan » avec le phénoménal Albert Finnay en Consul)
De tout cela et de mille autres choses identiques, comparables et néanmoins parallèles Patrick Deville nous narre et nous passionne. Ca tourne à l’épopée de l’errance
Sans oublier les autochtones, les peintres muralistes communistes, plus ou moins orthodoxes, trotskistes ou carrément staliniens, Rivera, Frida Kalho ou David Siqueiros. Ce dernier qui, avant Ramon Mercader et son célébrissime piolet, tenta, en vain, d‘assassiner le liquidateur suprême de la Commune de Cronstadt (Deville n’évoque pas, hélas, ce dernier fait tragique)
Au travers de cette magnifique évocation de ce tumultueux archipel où les génies du roman, de la peinture, de la photo, du cinéma, de la politique et de la…trahison se côtoient, s’entrecroisent, s’aiment, se détestent, tentent de s’assassiner ou s’ignorent Deville nous distille- inocule on a envie d’écrire-sans les nommer bien sur, ses grandes et bonnes petites idées:
Le Mexique, du moins Mexico, et accessoirement Tampico, Cuernavaca, Oaxaca, a et ont largement participé de la légende de Trotski. Pas seulement à cause de la création de la 4e Internationale (trotskiste), de la révolution permanente de la tenue d’un procès international du régime stalinien, voire de Ramon Mercader, mais surtout grâce à la maison bleue de Frida Kalho, son « dernier amour », qui entraine sa rupture avec l’ogre Rivera, mari jaloux de la dame brune qui vire «orthodoxe».
Bref Trotski reste un homme «normal», qui donna à manger à ses lapins, avant de mourir, un perdant magnifique et néanmoins un mythe. Pareil pour Lowry, Traven et Antonin Artaud que Deville n’oublie sous le soleil de Mexico. Tout comme André Breton, mais qu’il ridiculise un peu, comme c’est tendance des nos jours.
En vérité David Bronstein, Deville le dit presque, fut meilleur écrivain et critique littéraire que bête politique. Notamment par rapport à Lénine et Staline. Ce dernier que Deville qualifie (entre autres) de thermidorien. Comme si Trotski, ne fut lui aussi un thermidorien en octobre 17, à la tête des bolcheviques pronunciamentaires de Petrograd. L’auteur de «Ma Vie» -un chef d’œuvre de récit autobiographique- s’affirme d’abord comme un personnage de roman. Et sans doute, que l’ancien chef de l’Armée rouge le rêvait ainsi
Selon Deville, peu avant de quitter le Mexique, Lowry écrivit à son éditeur: « Si seulement je pouvais être un homme qui incarne tout le malheur humain mais en même temps la vivante prophétie de son espoir ».
Tout était dit

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