Le Booker Prize 2009 à Hilary Mantel

Le jury du Booker Prize 2009, prix littéraire britannique équivalent en quelque sorte du Goncourt, a délivré un verdict aussi inattendu que mystérieux, lundi 6 octobre.

Le jury du Booker Prize 2009, prix littéraire britannique équivalent en quelque sorte du Goncourt, a délivré un verdict aussi inattendu que mystérieux, lundi 6 octobre. En effet alors que tout le monde attendait soit John Maxwell Coetzee, pour ce que le Guardian appelait un hat-trick littéraire, référence faite au footballeur qui marque trois fois pendant un match puisque l'excellent romancier sud-africain l'a déjà obtenu deux fois, soit à la remarquable Antonia Susan Byatt, le choix s'est étrangement porté sur un strapontin du deuxième rang. La shortlist contenait, hormis J.M. Coetzee et A.S. Byatt, d'autres grands talents tels que Simon Mawer (The Glass Room), que tous les critiques espéraient, ou bien encore Adam Foulds (The Quickening Maze) ou Sarah Waters (The Little Stranger).

Le prix semble avoir été attribué d'une voix de majorité à Hilary Mantel, donc, pour Wolf Hall, fiction historique qui revisite la vie de Thomas Cromwell, principal - on ne parlait pas à l'époque de premier - ministre de Henry VIII, accessoirement comte d'Essex, très utile à son souverain pour organiser le divorce d'avec Catherine d'Aragon. A ne pas confondre avec l'autre Cromwell, Oliver celui-là, et très puritain chef du Commonwealth, parenthèse dictatoriale dans l'histoire ininterrompue par ailleurs de la monarchie britannique. Dire que le Booker Prize 2009 suscite l'engouement et provoque l'enthousiasme serait très exagéré.

Même au très sérieux Guardian, les voix sont discordantes. Sarah Crown s'est interrogée, dans l'édition du 7 octobre, avec ce titre très explicite : Booker Prize 2009 for Hilary Mantel: did the right woman win? Avant de se rattraper au bastingage dans le corps de son article en affirmant : On a remarkably strong shortlist, her novel stood out for me. Dans le même journal, Mark Brown exprime un peu plus clairement ses réserves, dans l'exergue de son article, Was Hillary Mantel a worthy Booker prize winner? Si deux journalistes du même quotidien se demandent, pour l'une si Mantel est un bon choix, pour l'autre si elle est à la hauteur, voilà qui ne va sans doute pas encourager ceux et celles qui ne connaissent pas cette romancière à la lire. Le Booker Prize est peut-être entré dans une nouvelle ère, puisque tout le monde reconnaît que, si Mantel n'était absolument pas la favorite des critiques, elle était archi favorite des libraires et du public. Did you say that history is business? No, I didn't say anything...

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