J+11 et un silence assourdissant

Aujourd’hui lundi 24 novembre, nous sommes au onzième jour après la publication en « une » de Mediapart de l’excellente enquête de Fabrice Arfi et Karl Laske, mais dans le petit royaume des media officiels aux ordres du pouvoir, rien, le grand silence blanc de la banquise avant réchauffement. La preuve a été apportée que le document qui atteste d’un versement de 50 millions d’euros par la Lybie au candidat Sarkozy, lors de la dernière campagne présidentielle, est authentique. Et il est donc clair que ce candidat-là n’a pas respecté sciemment les règles en vigueur dans le cadre d’une élection présidentielle. Mais, à l’exception de la chaîne LCI, nul dans la petite cour médiatique n’a donné à cette information capitale l’écho qu’elle mérite. Or, ces mêmes taiseux ont donné, précédemment et très obligeamment, un large écho au mensonge éhonté du même Sarkozy qui s’en allait raconter partout que le document de Mediapart, dans ce même dossier, était un faux, sans apporter la moindre preuve de son allégation, mais la parole du « maître » suffisait à tous ces obligés qui enterraient ainsi non seulement leur indépendance mais aussi celle de leur métier. 

Dans les rédactions du silence il y a pléthore d’excellents journalistes, que ce soit à Libération, au Monde, à La Croix, à Radio-France, à France-Télévisions,et ailleurs,  mais la décision de prolonger ou d’enterrer définitivement une enquête menée par des confrères appartient aux directeurs de rédactions qui, dans un souci de ne faire la moindre peine à leur ex-mentor, censurent et ravalent l’information hexagonale au rang des diverses dictatures de la planète, que ce soit en Russie, en Corée du Nord ou sur le continent africain. Pour reprendre la métaphore d’Edwy Plenel, lors de l’affaire Bettencourt, « La France est une démocratie de basse intensité ». Et la plupart des media tirent cette même démocratie vers plus bas encore. Car, faut-il le rappeler une fois encore, dans quelle autre démocratie européenne ou plus largement occidentale, verrait-on des journaux, des stations de radio et des chaînes de télévision alimenter, avec ardeur, le retour potentiel d’un individu qui est impliqué dans 10 affaires judiciaires ? La manipulation va de pair avec la hiérarchisation par la médiocrité, le silence, la censure et l’asservissement. Mais tout ce petit monde oublie un paramètre de taille, nous ne sommes plus dans la société de feu l’ORTF des années 1960, mais à l’heure de l’internet et des réseaux sociaux et la parole circule…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.