Et si le cap était mauvais?...

Le cap qui indique une direction s'appuie sur choix préalable. Le choix de société néolibérale fait par le Président explique la colère des gilets jaunes et nous mène à la catastrophe.

ET SI LE CAP ÉTAIT MAUVAIS ?...

Le cap : voilà le mot magique, répété à satiété par le Président et tout son entourage depuis des semaines pour répondre aux revendications des gilets jaunes. Assorti d’un verbe, généralement positif : garder…, maintenir…, conserver… ; qui pourrait aussi se décliner en négatif : ne pas perdre…, ne pas dévier, ne pas s’éloigner du… Terme de navigation maritime à l’origine, il s’applique également à d’autres domaines pour indiquer la direction suivie. C’est là qu’intervient la question capitale : le choix initial qui détermine le cap est-il bon ? Est-il le bon choix ? Car, s’il y a erreur sur le choix de la destination, le cap lui-même est faux ou mauvais.

Or, depuis son élection, gagnée par défaut (on avait juste le choix entre la peste et le choléra…) avec, en plus, une forte abstention, les choix d’Emmanuel Macron, annoncés dès la campagne présidentielle, se confirment et ils vérifient leur partialité qu’on pouvait déjà imaginer par le curriculum vitae du Président. Sous couvert de renforcement de la compétitivité des entreprises en vue de redonner à la France sa place dans le concert des nations, ce sont les cadeaux aux grandes entreprises qui ont été privilégiés et, derrière elles, à ceux qui les détiennent, les actionnaires (plus de cinquante milliards d’euros ont été distribués par les entreprises du CAC 40 en 2017). C’est donc un choix de société, clairement néolibéral, qu’a fait Emmanuel Macron, choix qui l’apparente à Donald Trump. Quelques exemples illustrent ces choix qui orientent le cap.

Entre le détricotage du droit du travail, qu’il avait entamé quand il était ministre de l’économie et des finances, qui affranchit les entreprises de certaines protections des salariés, et la suppression de l’ISF, il apparaît clairement comme le président des riches. Malheureusement, ces premiers de cordée sont plus intéressés par l’épargne spéculative que par l’investissement dans les entreprises : le cadeau n’appelle pas de retour et le choix fait ne produit pas l’effet attendu.

Plus grave peut-être : c’est tout le tissu social que le Président est en train de découdre ou de déchirer à coups de lois derrière le slogan des réformes qui n’ont pas été faites depuis plus de quarante ans. Qu’a gagné ou va gagner la société à la privatisation de la Poste, de la SNCF et, bientôt, des aéroports de Paris, de la météorologie nationale, sinon un déplacement des intérêts du public vers le privé comme ce fut le cas avec la privatisation des autoroutes sous plusieurs gouvernements de droite comme de gauche ?

La réduction forcenée des effectifs de la fonction publique, entamée par Sarkozy, déstabilise les services publics qui deviennent de plus en plus inaccessibles. Par exemple, le citoyen n’a plus d’accès direct au service des impôts, comme dans d’autres services d’ailleurs : il faut prendre un rendez-vous sur internet (comment faites-vous quand vous n’avez pas d’ordinateur ou quand vous ne savez pas utiliser internet ?...) et attendre un délai souvent long. Quel intérêt y a-t-il à supprimer, dans les services fiscaux, des postes particulièrement lucratifs pour le trésor public ?

Autre menace : à travers divers arrêtés des lois votées en ce début de quinquennat, ce sont les droits des citoyens qui sont attaqués : déjà, la loi sur la sécurité publique a intégré beaucoup de mesures relevant de l’état d’urgence ; la loi sur le secret des affaires commence déjà à produire ses effets : l’accès à certains documents sont refusés par la Commission d’Accès à l’Information au nom du secret des affaires. Par ailleurs, le Conseil Constitutionnel a retoqué un certain nombre d’articles touchant à la fiscalité au nom de la liberté d’entreprise ou du secret des affaires, privant l’État de ressources dont il a besoin pour sa politique publique.

En plus du plaider coupable, la loi fraude fiscale votée récemment introduit une nouvelle procédure de recours, la Convention Judiciaire d’Intérêt Public, qui crée une justice à deux vitesses : le fraudeur, individu ou entreprise, pourra échapper à un jugement et à une condamnation publique en négociant avec un juge le montant de sa pénalité pour un délit commis, sans passer par le système judiciaire. Le délit qui relève de l’institution judiciaire devient ainsi une simple affaire.

Au-delà de la protestation contre l’augmentation de la taxe sur les carburants, ce sont toutes les applications de ce choix de société néolibérale que vise la révolte des gilets jaunes dont un des premiers signes est l’aggravation abyssale des inégalités en France comme dans le monde : combien de smic gagne Carlos Ghosn avec plus de 16 millions d’euros par an... tandis que près de 9 millions de personnes vivent en situation de pauvreté avec des difficultés de fin de mois ?

Oui, Monsieur Macron, il faut justement changer de cap car le choix de société que vous avez fait n’est bon ni pour le climat ni pour la société et nous conduit au pire aussi bien pour la terre que pour les femmes et les hommes.

Donc, Monsieur le Président, changez[1] vite de cap avant qu’il ne soit trop tard !

 

[1] Il n’y a jamais de honte à revenir sur une erreur : errare humanum est, sed perseverare in errorem, diabolicum est.

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