OU EST LE MILLIARD POUR LE CLIMAT...

L'immense élan de générosité suscité par l'incendie de Notre Dame de Paris contraste avec la faiblesse des décisions politiques et nos comportements de consommateurs pour enrayer la catastrophe climatique.

OU EST LE MILLIARD D’EUROS POUR LE CLIMAT ?...

J’ai envie de prolonger de quelques mots ce très beau texte de Jacques Soncin, réflexion sur l’incendie de Notre Dame de Paris commentant la fameuse citation de Jacques Chirac du 2 septembre 2002 au IVème sommet de la terre à Johannesburg : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » (https://jacquessoncin.wordpress.com/2019/04/16/notre-maison-brule-et-nous-regardons-ailleurs/).

Après s’être rendu sur les lieux mêmes de la catastrophe alors que Notre Dame brûle encore, le lendemain, dans une intervention solennelle, le Président de la République a exprimé l’émotion générale et s’est engagé à reconstruire la cathédrale de Paris dans les cinq ans.

En moins de 24 heures, quelques 800 millions d’euros ont été collectés et les dons continuent d’abonder, offerts par nos concitoyens milliardaires comme par les plus grandes entreprises du pays, mais aussi d’innombrables simples citoyens. Merveilleuse réponse à la hauteur du désastre dont l’onde de choc a ébranlé la planète émue par le spectacle dantesque de cet incendie qui a détruit en quelques heures un joyau de l’humanité. Mille mercis à ces généreux donateurs !

Mais comment se fait-il qu’on ne réussisse pas à mobiliser, au niveau de l’Europe, le milliard d’euros qu’exige la transition climatique si on veut mettre un frein au réchauffement de la planète et aux cataclysmes qui l’accompagnent depuis quelques années ? Comment a-t-on trouvé ce milliard en 2008 pour sauver les banques? Comment la Banque Européenne a-t-elle pu injecter un autre milliard pour stimuler l'économie européenne? Comment la peur de perdre les prochaines élections ou de baisser dans les sondages paralyse-t-elle nos dirigeants incapables de prendre les décisions courageuses et urgentes qu’exige la situation exceptionnelle du moment ? Comment notre insouciance d’addicts à la consommation nous livre-t-elle au « toujours plus » sans souci de la tragédie qui se prépare et déjà en cours ? Comment ne comprenons-nous pas que, cette fois, « demain, il sera trop tard » et que nous nous acheminons à grande vitesse vers une situation aussi imprévisible qu’irréversible ? Quel écart abyssal entre l’admirable générosité générée par le spectacle insoutenable de l’effondrement de notre histoire en flamme et l’absence ou la faiblesse des décisions politiques pour écouter « le cri de la terre, notre mère et notre sœur, et des plus pauvres parmi ceux qui l’habitent » et répondre à une catastrophe annoncée d’une tout autre ampleur !

Comme l’écrit Jacques Soncin, fascinés par le spectacle de Notre Dame en feu, nous ne regardons pas ce que nous désigne le doigt : la planète en destruction sous nos yeux.

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