Macron. Vers un nouveau Cartel des Gauches ?

Le Cartel des Gauches fut une coalition électorale, constituée pour les élections législatives de 1924, entre des Radicaux indépendants, de droite ou de gauche, les Partis Radical et Radical-Socialiste, Républicain-Socialiste, auxquels se joignirent d'autres socialistes de toutes souches, dont la SFIO. Les radicaux, emmenés par Edouard Herriot, dominèrent la coalition, victorieuse aux élections.

2017. Un siècle après le Cartel des Gauches, il semblerait que Monsieur Emmanuel Macron (à son corps défendant) soit presque parvenu à remporter le même pari. Celui de réunir. En ratissant plus large. Plus difficile d'ailleurs, en 2017, car nous ne sortons pas d'une guerre mondiale et nous n'avons pas un Traité de Versailles au dessus de nos têtes. En revanche, en 1924, personne encore ne revendiquait encore les idées du Chef de Bataillon de Gaulle ! Tandis que depuis 1970, pas un candidat  n'a omis de faire un clin d'oeil au Général. Même le camarade Mélanchon !! Clin d'œil

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L'ombre du Général est omnipotente !

Hier. La scission intervenue à l'issue du Congrès de Tours de 1920, a eu les conséquences que l'on sait sur la période de l'entre-deux-guerres. Plus qu'une scission, les manquements à la parole des uns, la désertion des autres à la ligne du Parti et de son candidat, élu démocratiquement, ont favorisé la définitive implosion du "mouvement socialiste", moribond, comme tombé en désuétude depuis 20 ans*.

2017. Sans verser dans la politique-fiction, MM. Fillon et Mélanchon devraient se contenter de la troisième et quatrième place au premier tour. Et le réflèxe dit "républicain ou démocratique" devrait à nouveau prévaloir en mai 2017. Donc un Président Macron se dessine. Loin de moi l'idée de critiquer, encourager ou railler la chose. C'est un pari raisonnable, bon ou médiocre, il nous faudra faire avec.

Hier. Triple mot d'ordre du Cartel des Gauches : anticléricalisme, pacifisme et dénonciation de la pratique du pouvoir individuel du Président de la République (M. Millerand), accusé de dériver vers un pouvoir trop personnel. Rappelons que cette IIIème République (1870-1940), était une majorité parlementaire conservatrice, plutôt bonapartiste et/ou monarchiste. Et surtout, sans réelle Constitution ! 

2017. Mots d'ordre des candidats, (y compris du favori Macron) : l'anticléricalisme a certes évolué avec son siècle vers un anti-fanatisme religieux, mais l'idée est toujours présente. De pacifisme, la paix dans le monde et, a minima dans notre pays, est toujours inscrite aux louables programmes des présidentiables. Enfin, nul doute que le troisième point, quant au réel pouvoir du Président, semble tracasser le "transfuge" Macron. Il suffit de lire attentivement ses réponses ambiguës aux questions du JDD du 9 avril 2017. En effet, Emmanuel Macron n'a pas trop souhaité s'étendre sur les questions issues du troisième mot d'ordre : quant aux pouvoirs du Président et du Premier Ministre. Innocent

Un siècle aura bientôt passé, le Cartel des Gauches devient le Cartel des Centres. Les questions et les réponses apportées au peuple français restent pratiquement inchangées. Seuls les noms changent. D'ailleurs, je suis horriblement méchant avec M. Macron, que j'ai traité de "transfuge". En fait, Macron reste Macron. Ce sont les Bayrou, Valls et autres membres de l'ex Parti Socialiste qui ont trahi chacun, les règles de leurs partis politiques respectifs.

En cela, Macron pourrait citer Edgar Faure : "Ce n'est pas la girouette qui tourne : ce sont les vents !"

 

* 1996, date du décès de François Mitterrand.

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