Le déshonneur et l’insécurité

Des soldats français sont morts dans une collision d’hélicoptères au Mali. Une fin de vie accidentelle, par une nuit sans lune. . .                               

Quand de jeunes hommes s’engagent dans l’armée pour servir la France, ils rêvent sans doute de sacrifices qui ne soient pas vains et d’un destin plus glorieux. Ils sont désormais rendus à leurs familles mais une toute dernière mission, posthume celle-là, leur a été assignée par le Président de la République. Lundi, treize cercueils seront alignés dans la cour d’honneur des Invalides, il y aura la solennité du lieu, le décorum, les drapeaux en berne, les discours, les médailles déposées sur les linceuls tricolores. . .  Un écran géant sera installé sur l’esplanade toute proche. Le spectacle funéraire  permettra d’exalter une nouvelle fois l’honneur et la grandeur de la France. Leur mort sera inscrite à jamais dans le cadre d’une noble cause, d’une lutte héroïque contre le mal, elle glorifiera la France.

 

Au Sahel, l’armée française est engagée, et désormais enlisée, dans l’opération Barkhane et dans l’appui au “G5S” réunissant cinq pays de la région : la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. Il s’agit de lutter contre le terrorisme et de sécuriser un territoire  extrêmement vaste mais aussi extrêmement pauvre composé d’états défaillants dont les dirigeants sont souvent détestés de leurs populations. Le gouvernement français pour faire barrage à la menace djihadiste s’allie à des régimes corrompus et pérennise ainsi une relation para-coloniale ; de puissants  intérêts économique et des approvisionnements stratégiques en uranium sont en jeu. En l’absence d’un développement soucieux du bien-être des populations, , cette politique et cet engagement sont indubitablement voués à l’échec car la pauvreté et l’absence de débouché démocratique alimentent un vivier de recrutement sans cesse renouvelé pour les résistants  et pour les fanatiques religieux. Ainsi, en 2011, le Mali était classé 175 ème selon l’Indice de développement humain défini par l’ONU et en 2018, il se situait au 182ème rang . La misère et le désespoir continuent à prospérer et la France, jugée responsable d’une situation qui se dégrade, alimente le terrorisme plus qu’elle ne le combat. Les troupes françaises de l’opération barkhane sont considérées comme des troupes d’occupation. Et la lutte contre le terrorisme peut conduire à des dérives et des exactions criminelles. En novembre 2016, l’élimination d’un jeune enfant de 10 ans “soupçonné de renseigner les djihadistes”, avait été justifiée, sans aucun état d’âme, par l’actuel ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian (lire ici) et (Ici).  Il ne fait pas de doute que la France est de nouveau engagée dans une sale guerre.

Un militaire qui sert dans une armée qui commet des crimes de guerre n’est pas obligatoirement un salaud mais  le fait de périr dans un accident d’hélicoptère ne le transforme pas non plus automatiquement en héros. 

Mais le drame arrive dans un certain contexte. Le récit d’une France généreuse, en première ligne dans la lutte anti-terroriste, solidaire des peuples africains, doit s’imposer. Les soldats morts vont donc servir une dernière fois parce que, selon les mots de Jean-Claude Junker “c’est l’armée française qui défend l’honneur et la sécurité de l’Europe “.

Ce sont pourtant des victimes supplémentaires du déshonneur et de l’insécurité.

 

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