Comment résoudre la crise quand on en fait partie intégrante ?

Le dossier des retraites, le délabrement de l’hôpital public et l’engorgement des urgences, la réforme du bac, l’absence de réelles mesures pour faire face à la dégradation du climat et de l’environnement, la signature de traités commerciaux fragilisant notamment notre agriculture, etc. . . En cette rentrée, les motifs de mécontentement touchant l’ensemble des salariés et des catégories sociales se multiplient et menacent de s’amplifier, de s’agréger, de bloquer le train des réformes. 

Pourtant, Emmanuel Macron n’a pas fini le travail, la société française reste encore marquée par des mécanismes collectifs de  protection et de solidarité incompatibles avec une bonne rentabilité du capital, et il le sait. Il lui faut continuer, reprendre son ouvrage après l’intermède catastrophique des gilets jaunes et déconstruire des institutions obsolètes afin de mettre définitivement en place la société libérale et individualiste la plus apte à soutenir la compétition mondiale. Les grands entrepreneurs le lui réclament comme un juste retour de leur investissement dans la dernière campagne présidentielle. Et à  l’université d’été de LR, les ultras dénoncent les dangers de l’immobilisme. 

 Le pays est toujours en ébullition mais le pouvoir entend éviter tout débordement. Les mouvements de contestation  sont désormais neutralisés, étouffés en amont par une mobilisation permanente et un déploiement préventif et massif des forces de l’ordre. Le dernier G7 a permis de tester et de consolider la stratégie sécuritaire du régime, la dissuasion militaire est en place.  

Mais, même avec une opposition cadenassée, le gouvernement préfère, en terrain miné avancer à pas de loup.  Il tente donc de donner le change et de fabriquer un consentement, une approbation factice en mettant en place divers processus de consultation citoyenne.  Concernant la réforme des retraites, “il faut que les citoyens puissent réagir sur les propositions faites”, pour le climat, “ils seront amenés à réfléchir sur différents sujets relatifs à la transition écologique, comme l’isolation des logements, les modes de transport, la fiscalité ou la consommation “. Il convient de masquer la béance entre le peuple et ses dirigeants et de légitimer les décisions prises arbitrairement par la technocratie libérale. Le conte médiatique des débats citoyens, petits et grands, doit créer l’illusion de la démocratie participative dans un état de plus en plus autoritaire. 

Des personnalités comme Cyril Dion, garant de la Convention citoyenne pour le climat, se prêtent à ce jeu de dupes. 

Mais comment imaginer que ce gouvernement puisse instaurer un véritable dialogue après l’épisode répressif des derniers mois et après être resté insensible aux remarques et recommandations d’ instances internationales comme l’ONU sur l’usage disproportionnée de la force à l’égard de la contestation ? 

Comment imaginer qu’Emmanuel Macron puisse infléchir véritablement sa politique après avoir rejeté catégoriquement et à plusieurs reprises des mesures de justice fiscale simples à mettre en oeuvre comme le rétablissement de l’ISF ou une plus forte taxation des très hauts revenus - mesures qui font largement consensus -  qui auraient permis d’engager des moyens dans la transition écologique et d’envoyer un signal fort de solidarité permettant d’enclencher une dynamique collective. 

La crise est là, systémique, prégnante, menaçante, et le régime macroniste en fait partie intégrante. 

Plus que jamais, face à ce pouvoir et en cette rentrée, il ne peut y avoir qu’une seule réponse : la convergence des luttes.

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