Quand l'espoir d'un avenir meilleur s’effondre

Parfois, les idéologues libéraux font preuve d’impatience et de brutalité et n’hésitent pas à employer la manière forte pour maintenir ou rétablir l’ordre naturel du marché et la liberté d’entreprendre sans contrainte et sans limite.

Au Chili qui a tenu lieu de laboratoire d’expérimentation pour les Chicago boys formés à l’école de Milton Friedman, le néolibéralisme a été installé grâce à un coup d’Etat militaire, fomenté avec l’aide des USA.  Le système économique mis en place par la dictature du général Pinochet a perduré après la chute de ce dernier : le pouvoir sous toutes ses formes est resté entre les mains d’une petite minorité de grands propriétaires et, malgré la croissance économique et les louanges adressés au pays par la communauté internationale, le mouvement de précarisation et d’appauvrissement de la majorité de la population chilienne s’est poursuivi.

 Mais, dans d’autres circonstances et finalement dans la majorité des cas, il suffit à ces mêmes idéologues, pour parvenir à leur fin, de privatiser par touches successives  l’ensemble des services publics afin d’installer progressivement et insidieusement la classe des possédants aux postes de commande. Et le corps social se métamorphose peu à peu, les liens de solidarité traditionnels se distendent, l’esprit de compétition et le souci de l’efficacité, de la rationalité économique prennent le pas sur tout le reste. Sous les effets conjugués des privatisations, du consumérisme et d’un individualisme grandissant, les digues qui préservent la collectivité des “eaux glacées du calcul égoïste” se fissurent progressivement et finissent par céder. Cette forme lente de dégénérescence du collectif,  qui ne nécessite aucun coup de force, est tout aussi efficace pour instaurer un libéralisme total.   

C’est la voie choisie par les dirigeants français depuis des années. Le libéralisme n’a pas eu besoin de coup d’Etat, il a pénétré dans les têtes et a accentué peu à peu son emprise grâce notamment au renoncement et à la trahison de la gauche gouvernementale.  Progressivement, les acquis sociaux, jugés coûteux et improductifs, sont réduits voire supprimés. Emmanuel Macron poursuit, en l’amplifiant, le travail engagé par ses prédécesseurs dont il est en grande partie le produit ultime, le fruit toxique. Quand les institutions, les médias, les grandes entreprises sont entre les mains de quelques grosses fortunes et sont soumis à   l’intelligentsia libérale, la démocratie est automatiquement corrompue, les citoyens sont manipulés et désinformés en permanence ; les élections ne servent plus qu’à légitimer la continuité d’une même politique économique au service d’une petite minorité.

Lorsque le système est en place, que ce soit après un coup d’Etat où à la suite d’un lent processus de dépérissement démocratique, la machine économique peut tourner à plein régime pour engraisser les détenteurs de capitaux et elle dispose d’une formidable inertie du fait de l’interdépendance de l’ensemble des activités économiques. Chaque acteur rentre dans le jeu de la concurrence en étant pris dans d’insolubles contradictions,  espérant au final tirer son épingle du jeu. Le pari sur l’avenir est la pièce maîtresse du jeu du libéralisme. Les populations sont dans une sorte de nasse psychologique, dans une dépendance dont elles n’ont pas vraiment conscience, maintenues dans une forme moderne et améliorée de “servitude volontaire “, espérant sans arrêt un avenir meilleur.  

Mais aujourd’hui, la dégradation accélérée de notre environnement vient bouleverser la donne. L'espoir d'un avenir meilleur s’effondre, la casse écologique va produire des bouleversements encore plus tempétueux que les mécanismes classiques d’appauvrissement.

Un peu partout dans le monde, la détérioration des conditions de vie écologiques des populations vient amplifier le mécontentement résultant de la montée des inégalités.  Les gens ressentent désormais physiquement que le système économique actuel n’est pas viable et qu’il condamne les générations futures. Les révoltes actuelles au Chili, au Liban, en Algérie, et dans bien d’autres pays ( comme en France avec la révolte des gilets jaunes ) ont aussi des causes environnementales. Les luttes sociales et écologiques sont appelées à se multiplier et à s’intensifier conjointement.  

 

Cette  résistance citoyenne qui reste le plus souvent organisée, encadrée, et qui poursuit un objectif collectif louable de préservation des biens  communs doit absolument se développer, elle est de loin préférable à la violence barbare qui ne manquera  pas de survenir, si rien ne change, quand il ne restera plus, dans une terre devenue invivable, que des individus affolés et désorganisés.

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