Assis sur un volcan

Le 1er décembre 2018 restera sans doute une date mémorable pour les grands magasins parisiens qui ont dû fermer leurs portes.  En pleine période des achats de Noël, les rues de Paris ont été submergées  par la colère et la violence.

Le pouvoir ne peut pas invoquer la surprise et l’absence de signes avant-coureurs.

Cela devait arriver, cela fait déjà bien longtemps que tout cela s’est mis en place.  

Depuis des années, les déceptions, les frustrations, les mécontentements, les humiliations se sont accumulés, ont sédimenté en couches successives, d’une présidence à l’autre. Tous ces mécontentements de consommateurs et de citoyens trahis se sont agrégés, se sont transformés en rancœur, en rejet de toute représentation politique,  et se sont installés durablement.  L’autisme et l’arrogance stupéfiante du pouvoir macronien ont fait le reste. Ce 1er décembre, la France des « gens qui ne sont rien » est entrée  dans une phase de colère éruptive. La Vème république repose désormais sur un volcan.

Emmanuel  Macron est le produit ultime d’un système qui génère un mal-être et un mal-vivre insupportable pour une grande majorité de la population. Le rejeton de François Hollande qui  hérite aussi du passif de tous ses prédécesseurs incarne la violence technocratique et structurelle d’un capitalisme financier aveugle qui ne reconnaît que des consommateurs asservis et nous conduit vers l’abîme. Il est au sommet d’un monde kafkaïen qui est une insulte permanente à l’intelligence et au simple bon sens. Il est le chef d’un Etat schizophrène pris dans des contradictions ingérables. Aujourd’hui  en France, à l’heure de cette fameuse  transition écologique et sociale voulue par le gouvernement,  le peuple est exploité en tant que travailleur et durement réprimé quand il tente de  défendre l’environnement ; il n’est flatté et encouragé qu’en tant que consommateur mais finalement empêché par un pouvoir d’achat en berne et une multitude de dépenses contraintes. Dans un monde d’injonctions paradoxales, il est difficile de garder la tête froide. Un citoyen responsable et conscient chemine en permanence  entre  abattement et exaspération.

Prisonnier des lobbies industriels et financiers, soumis à la rigueur budgétaire de l’Union européenne et au diktat des 3%, le pouvoir entend pour l’instant maintenir le cap, un cap absurde et insoutenable qui ne correspond pas aux défis du moment et aux aspirations des citoyens. La précarité et l’injustice sociale condamnent la transition écologique. L’échec est total et il est désormais personnalisé.  Car, en  restaurant  un ordre régalien et un fonctionnement très vertical de l’exécutif, Emmanuel Macron a concentré sur sa personne le mécontentement de tout un peuple. Les mots d’ordre « Macron démission ! » sont avant tout des cris de rage et de désespoir  mais ils sont maintenant repris par certains représentants politiques ( ici vidéo  où François Ruffin demande à Macron de partir)

Après dix-huit mois de pouvoir, le Président est usé, détesté, isolé dans son palais élyséen qui ressemble de plus en plus à un bunker. Il est aussi périmé que  les institutions qui le protègent.  Mais  la casse du week-end, sans doute instrumentalisée à certains endroits, représente aussi une opportunité pour le pouvoir. La réaction est là : l’hommage appuyé du Président aux forces de l’ordre laisse présager une obstination et une dérive sécuritaire du pouvoir encore plus accentuée. Emmanuel Macron prend peur et il peut choisir de s’engager plus avant dans la stratégie du choc en usant de la violence ; le peuple pourrait finir lui aussi par avoir peur et  choisir de quitter la rue  pour rentrer au bercail.

Mais, en attendant les prochaines manifestations des gilets jaunes, le roi est nu et il ne lui reste qu’un dernier rempart : le rempart policier.

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