Avec Macron, l’État contre la société

Depuis longtemps déjà, l’Etat n’est plus considéré comme le garant de l’intérêt général, le protecteur des biens communs, le défenseur des plus faibles, mais bien au contraire comme  une puissance coercitive liée aux puissants, au monde de l'entreprise, à la promotion de  certains intérêts privés qui contreviennent  de façon évidente à l’intérêt du plus grand nombre. Bref l’État français qui nous dirige est perçu comme un état très largement corrompu - même si l’on n’est pas dans le cadre d’une corruption active - occupé à faire régner un ordre public que d’aucuns pourraient qualifier d’ordre injuste et partisan, prioritairement au service d’une oligarchie dominante.

Dans un tel contexte, la gestion de la crise sanitaire provoquée par le coronavirus s’annonçait délicate. Elle est tout bonnement calamiteuse. 

 La vaccination  contre le Covid-19 est désormais quasiment imposée et généralisée dans les pays riches mais les vaccins  sont onéreux car associés à des brevets. Vacciner à grande échelle est donc un objectif inaccessible pour les pays pauvres dont les structures hospitalières sont en outre souvent déficientes. Malgré les élans d’empathie et les déclarations prometteuses de quelques dirigeants occidentaux ( dont Emmanuel Macron, jamais avare de boniments), les actes ne suivent pas et les vaccins ne sont toujours pas considérés comme des biens publics mondiaux alors même que leur libre accès permettrait, selon les experts, d'éviter  l’émergence de nouveaux variants (*). Les prix des vaccins des firmes Pfizer et Moderna viennent même d’augmenter considérablement dans le cadre d’une renégociation avec l’UE (lire ici)

Une logique financière prend donc clairement le pas sur une logique de santé publique. 

La vaccination constituant avant tout une nouvelle opportunité de profit pour des firmes qui réalisent déjà des bénéfices colossaux, elle est entachée d’une tare indélébile, d’une marque de fabrique  héritée de Big Pharma. La suspicion en sort renforcée et il n’est pas surprenant  que la vaccination soit perçue par une fraction non négligeable de citoyens comme faisant partie intégrante d’un système  global d’aliénation et d'assujettissement de la population à une économie capitaliste qui dégrade par ailleurs de plus en plus nos conditions de vie. Comment dès lors éviter les réactions de rejet et comment ne pas comprendre notamment l’hostilité d’une grande partie de la population vis-à-vis du “pass sanitaire” ?  Ce “pass sanitaire”, imposé sans concertation par le seul fait du prince, ne peut manquer d’apparaître comme un instrument de discrimination supplémentaire et un pas inquiétant, inadmissible, vers le contrôle généralisé de la population.  

Par leur politique nos gouvernements alimentent en permanence les thèses complotistes et, de mensonge en mensonge, de dévaluation en dévaluation, leur parole est maintenant démonétisée, elle ne vaut plus rien. 

Quand l'État n’a plus cours, quand les communs s’affaissent ou s’estompent, sapés par l’idéologie néolibérale, la société se délite et se fragmente pour ne laisser place qu’à des groupes, des clans, des églises.  Et dans ce méli-mélo, dans ce chaos social alimenté par les réseaux sociaux, par des influenceurs de tout poil, la science recule et les croyances et préjugés se répandent. 

A la violence du gouvernement, répond la violence de la rue. N’importe quel symbole de la puissance coercitive de  l'État peut être pris pour cible - ce peut être un centre de vaccination voire même une simple pharmacie privée - dès l’instant qu’il relaie une politique décriée.  

L'État est perçu en tant que producteurs de règles et de normes qui nient les particularités locales, les savoir-faire traditionnels, les évidences de la vie de tous les jours.

Parce que l'État macronien s’est montré à maintes reprises outrancier - notamment pendant les périodes de confinement - en exigeant de l’ordre même si cet ordre était parfois  à l’évidence un ordre kafkaïen et avait  des conséquences dramatiques ou extrêmement dommageables pour celles et ceux qui devaient s’y soumettre, il lui est particulièrement difficile aujourd’hui d’imposer des règles strictes surtout lorsqu’il le fait sans concertation, sans discussion, et en méprisant la représentation nationale. 

Avec Emmanuel Macron, nous ne pouvons plus faire société. 

(*) Selon le professeur Didier Houssin, président du Comité d’urgence Covid-19 de l’OMS, il faut "continuer à défendre inlassablement un accès équitable aux vaccins et une distribution équitable des vaccins dans le monde en encourageant le partage des doses, la production locale, la libération des droits de propriété intellectuelle, les transferts de technologie, la montée en puissance des capacités de production et bien sûr les financements nécessaires pour mettre en oeuvre toutes ces activités".

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