Techno-parades en perspective. . .

Si le combat contre la loi “sécurité globale” devait  prendre la forme de techno-parades, le pouvoir aurait alors tout lieu d'être satisfait de la tournure prise par les événements.

 

Après un tour d’essai le samedi 16 janvier , les teufeurs semblent avoir pris le contrôle de toutes les  manifestations lors de la journée de mobilisation du 30. Le rythme et la puissance sonore de la musique techno se sont imposés un peu partout, réduisant au silence, un silence assourdissant, les manifestants habituels. Les slogans et chansons militantes traditionnels ont été étouffés, submergés par une gigantesque enveloppe de décibels. Comme l’ont souligné beaucoup de quotidiens régionaux, les teufeurs ont pris le dessus (lire ici).

Partout en France, les manifestations du 30 janvier furent de fait avant tout - et notamment aux yeux du public -  des manifestations de jeunes protestant contre l’interdiction des rave-party et les sanctions prises contre l’organisateur de la fête de Lieuron.  Dans le cadre d’une de ces manifestations (celle de Perpignan dont le reportage paru dans le journal “ l’indépendant” est à lire ici ), le porte parole local des teufeurs, un certain Stéphane a été clair : "Nous ne pouvons pas emprisonner des personnes pour avoir voulu faire la fête. Tant que les poursuites judiciaires contre lui ne seront pas levées, nous continuerons de manifester tous les samedis.”

La lutte contre la  loi “ sécurité globale” est aujourd’hui affaiblie, dénaturée par des alliances qui portent un autre combat beaucoup moins compréhensible par ces temps de pandémie. Il semble que les manifestations contre la loi “sécurité globale” soient affectées par une loi bien connue en économie, dite loi de Gresham, selon laquelle “la mauvaise monnaie chasse la bonne”. Avec des teufeurs en surnombre, les mauvaises revendications ou du moins les revendications décalées, celles qui ne peuvent être entendues aujourd’hui (quand nous devons tous, collectivement, essayer de limiter la circulation du virus), sont en passe de remplacer les revendications initiales, celles qui doivent faire l’unanimité. Le  combat contre la loi sécurité globale est un combat essentiel, un combat qui doit rassembler toutes les organisations et  associations qui luttent pour la défense des libertés, et notamment pour la liberté de contester le pouvoir en place et de proposer des portes de sortie à cet enfermement global, enfermement dans le libéralisme autoritaire macronien, enfermement dans l’idéologie croissantiste et productiviste, enfermement sanitaire. Toutes les énergies et notamment celles en provenance de la jeunesse sont bonnes à prendre mais dans un cadre revendicatif porteur d’une vision réellement alternative de la société. Ce qui compte, au-delà du combat contre la loi "sécurité globale", ce sont  les propositions que ces manifestations sous-tendent  et le monde que les opposants à Macron  entendent construire à la place du système actuel. Il  faut s'interroger sur ce que l'on donne à voir avec ces “rassemblements festifs à dominante musicale” à la population qui ne s'est pas encore engagée. Les teufeurs dont le comportement relève davantage d'une philosophie libertarienne que d'une société régulée autour de la défense de l'intérêt général et des biens communs vont-ils permettre au mouvement de contestation de gagner la bataille de l'opinion ?  Il n'est pas interdit pour des organisations qui s'intéressent à la vie de la cité de faire un peu de politique. . . 

il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur les teufeurs  mais simplement de faire le constat que leur rentrée dans la lutte ne peut rien apporter à l'objectif commun qui est le retrait de la loi “sécurité globale” car, en ce moment, leurs revendications ne peuvent pas être comprises de la grande majorité de la population.

Si le combat contre la loi “sécurité globale” devait  prendre la forme de techno-parades, le pouvoir aurait alors tout lieu d'être satisfait de la tournure prise par les événements.

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