Parallèles

Des petits déjeuners pris avec les éboueurs ou de grands débats avec les citoyens ne signifient aucunement qu’on est proche des préoccupations des gens et qu’on redonne la parole au peuple.

 

La mort de l’ancien monarque républicain Valéry Giscard d’Estaing a donné  lieu, comme toujours en de telles circonstances, à des  hommages convenus et à des louanges plus ou moins sincères. Evidemment, les commentateurs ont rappelé les grandes avancées sociétales qui sont à mettre à son crédit comme  le droit de vote à 18 ans ou la dépénalisation de l’avortement, mais ils ont aussi souligné, pour établir un parallèle avec l’actuel Président, que son accession au pouvoir s’était faite indépendamment des grands partis politiques de son époque et qu’il avait toujours voulu gouverner au centre. 

VGE aurait été moderne avant l’heure, avant Emmanuel Macron qui lui est comparé dans sa volonté de dépasser les clivages, de gouverner à distance des partis traditionnels et d’emprunter “en même temps” aux uns et aux autres. Implicitement, Emmanuel Macron, tout comme VGE en son temps, mènerait une politique modérée, soucieuse de respecter toutes les sensibilités.  

Quelle belle fable ! 

VGE a toujours gouverné à droite pour le patronat, notamment lors de la politique de rigueur de son Premier ministre Raymond Barre et il convient de rappeler qu’il a été le Président de la Convention européenne, auteure du projet de Constitution de l’UE très libérale qui fut rejeté par les Français en 2005. 

Quant à Emmanuel Macron, c’est bien le président des riches et c’est de plus un président brutal et autoritaire. 

Des petits déjeuners pris avec les éboueurs ou de grands débats avec les citoyens ne signifient aucunement qu’on est proche des préoccupations des gens et qu’on redonne la parole au peuple.

La dernière interview d'Emmanuel Macron au média en ligne “Brut”  illustre l’autisme du personnage ; elle est  sidérante. Le Président se déclare “très en colère contre les activistes” qui lui  reprochent de ne pas mettre en oeuvre les propositions de la Convention citoyenne sur le climat - comme il s’ y était pourtant engagé lors du lancement de la Convention - et, s’emportant, il précise qu’ il n’a “aucune leçon à recevoir” !  

Derrière des pseudo-consultations qui ne sont que des opérations de communication et des exutoires sans lendemain, Macron mène une politique totalement sourde aux revendications citoyennes. La seule perspective de l’après-covid est une société muselée, contrôlée et réprimée  par des lois liberticides et notamment par la loi “sécurité globale”   

Quand le peuple  se rebelle et manifeste, la police est maintenant là pour lui rappeler quelle est la vraie nature du pouvoir qu’il ose défier. La violence est consubstantielle de ce régime. Quand l’Etat met entre les mains des policiers des armes potentiellement létales pour réprimer les citoyens, quand l’Etat passe des commandes faramineuses de munitions en tous genres, quand l’Etat, par le truchement de l’IGPN, couvre presque systématiquement les bavures et les exactions des policiers, quand l’Etat promeut des préfets qui sont dans le camp de la répression à outrance et de la haine de classe comme Didier Lallement, quand l’Etat se couche systématiquement devant les syndicats de police en satisfaisant leurs revendications corporatistes, les outils de langage ne peuvent plus rien : la violence policière est institutionnelle, systémique, et elle continuera à s'exercer tant qu’un grand nettoyage n’aura pas eu lieu. Espérons que ce sera le  nettoyage du printemps 2022.

Espérons pour cela que le parallèle entre les parcours politiques de Valery Gisvard d’Estaing et d’Emmanuel Macron incluera également leur fin de mandat !

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