Emmanuel Macron ne retient plus ses coups

Le capital ne connaît pas la compassion, la coopération, l'entraide ; il ne connaît qu’une seule urgence, qu’une seule quête : le profit.

Le capital ne connaît pas la compassion, la coopération, l'entraide ; il ne connaît qu’une seule urgence, qu’une seule quête : le profit. Ainsi, en pleine pandémie, alors même que la recherche dans le domaine pharmaceutique devrait être une absolue priorité, le groupe SANOFI, dont le bénéfice net a enregistré une hausse de 340% en 2020 par rapport à 2019, vient-il d’annoncer récemment le licenciement de 400 personnes dans sa branche recherche et développement. 

Le profit plutôt que le travail, c’était vrai avant la pandémie du coronavirus, cela reste vrai  pendant la crise et cela le sera sans doute plus encore après. Une fois l’épidémie jugulée, la première préoccupation des entreprises, et notamment des grands groupes dits “stratégiques” qui ont largement  bénéficié d’aides gouvernementales sans contreparties, sera  très certainement de rétablir coûte que coûte leurs niveaux de marge d’avant Covid. 

Le gouvernement qui est toujours au petit soin vis-à-vis de ses mandants  prépare le terrain de la reprise. La main d’oeuvre doit être docile, peu exigeante et encline à accepter de modestes salaires. Il faut donc d’urgence réformer le régime de l’assurance-chômage afin de réduire les allocations des chômeurs et des travailleurs précaires. La nouvelle réforme de l’UNEDIC va permettre d’économiser environ 1,5 milliards d’euros alors que le simple rétablissement de l’ISF - sans parler d’une contribution exceptionnelle des plus fortunés - permettrait d’engranger 3 milliards dans les caisses de l’Etat. Le système ne connaît pas d’autre logique que celle qui consiste à réduire les droits des plus démunis et préfère grapiller sans cesse des petits euros par millions auprès des ménages les plus pauvres plutôt que des millions d’euros par centaines auprès des grandes fortunes.

L’oligarchie dominante  pousse son avantage autant que cela lui semble possible,  la voie est libre.

La période assure à nos dirigeants une domination relativement tranquille. La paix sociale  est acquise par toute une série de mesures et de contraintes, prolongée à coups de sédatif, offerte en quelque sorte sur un plateau d’hôpital. Les gens sont confinés en dehors des heures de travail et vivent désormais en permanence sous le contrôle de la police. Emmanuel Macron peut continuer son travail de charcutage social et environnemental avec tout le mépris dont il est capable, il est seul maître à bord. Sans opposition, sans réaction, il ne retient plus ses coups et peut même se permettre d’ignorer superbement, en se reniant, les propositions de la Convention citoyenne sur le climat. Sur ce corps social quasi-inerte, assommé, anesthésié, Jupiter s’en donne à coeur joie. 

Pour quelles raisons faudrait-il d’ailleurs attendre d’Emmanuel Macron une quelconque mansuétude, une quelconque compréhension d’un monde qui lui est totalement étranger ? Ceux qui ne comptent pas à ses yeux, ceux qui ne sont rien ont disparu du paysage.  Les gilets jaunes ont déserté depuis longtemps  les rond-points, ils ont été remplacés dans la rue par les gilets à paillettes des teufeurs qui s’essayent à la contestation en trépidant derrière des baffles montées sur roulettes. L’époque est à la déliquescence. Les mouvements, les appels, les collectifs se multiplient mais pour tout aussitôt se diluer, s’étioler, se dissoudre. Le malade bouge encore mais il est animé de mouvements sporadiques et désordonnés à l’image d’une gauche en lambeaux.  

Comment pourrait-il émerger de cette bouillie, de ce magma revendicatif en ébullition permanente, mais sans force et sans consistance, un élan, un souffle ordonné capable de renverser les institutions actuelles et de proposer un modèle véritablement alternatif ?

Aujourd’hui les raisons d’espérer semblent bien minces mais les révolutions ont souvent succédé aux périodes de crise.

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