Radicalité

Face à l'extrémisme du capitalisme financier, les formes de résistance au système dominant évoluent et se radicalisent

Aujourd’hui, les événements climatiques hors-norme se succèdent et s’amplifient un peu partout dans le monde, l’atmosphère se rebiffe, supportant de plus en plus mal l’augmentation de sa teneur en CO2 ;  ses sautes d’humeur sont maintenant véhémentes, soudaines, et le ciel peut nous tomber sur la tête en toute saison d’une façon ou d’une autre. L’épisode caniculaire récent nous donne un avant-goût de nos étés futurs. Le sentiment d’urgence pénètre les esprits car la crise écologique est là, pesante, désormais relayée en permanence par les médias. On nous parle de réchauffement climatique bien sûr mais on nous parle aussi de pollution généralisée, de sixième extinction de masse, synonyme d’un million d’espèces menacées de disparition à court terme, on nous dit même qu’homo sapiens pourrait figurer dans la liste, on nous donne des dates butoirs, des échéances, elles sont proches, à l’échelle d’une vie humaine. Ce basculement du monde est étudié, documenté, analysé ; sans des changements radicaux, sans changement de paradigme, cela ne peut qu’empirer,  le climat pourrait s’emballer sous l’emprise de boucles de rétroaction positives et chavirer dans l’imprévisible, dans une trajectoire incontrôlable qui rendrait les bonnes volontés et les mesures trop tardives définitivement inopérantes. 

On nous parle de tout cela mais, face à ce péril radical, le monde économique reste tourné vers la recherche de la croissance et du profit et la société dans son ensemble demeure aliénée à la consommation et dépendante du travail social. Le capitalisme exerce son emprise sur l’ensemble des  comportements et n’offre pas d’échappatoire. L’écologie n’est pas un impératif, c’est une préoccupation secondaire, voire un luxe inaccessible. Avant de songer aux conséquences néfastes de son activité salariée sur l’environnement, le travailleur pense avant tout à faire vivre sa famille et aux fins de mois difficiles. Seuls les étudiants des grandes écoles peuvent éventuellement s’offrir le luxe de choisir parmi les offres de leurs futurs employeurs celle la plus en adéquation avec leur conscience écologique. La transition écologique passe nécessairement par une révolution du monde du travail et par de nouvelles solidarités à inventer.

En attendant,  la prise de conscience écologique se fait plus aigüe, plus âpre, plus exigeante, plus inquiète,  et elle se heurte nécessairement  à la schizophrénie des politiques et des travailleurs-consommateurs . . . Des mouvements comme Extinction Rebellion ou ANV COP 21 entreprennent des actions de désobéissance civile destinées à manifester une colère et une impatience qui exigent des réponses rapides.  Pour faire évoluer les mentalités et interpeller les dirigeants politiques qui ne veulent rien changer au système et qui nous conduisent au désastre , la résistance ne peut plus se faire dans une ambiance “peace and love” et prendre uniquement la forme de défilés ou de pétitions.  Lorsque les activistes de ces organisations entravent la circulation sur le Pont de Sully à Paris ou bloquent un site de la société Amazon à Toulouse, ils savent qu’ils déplaisent aux usagers ou aux salariés concernés et qu’ils vont devoir se confronter aux forces de l’ordre. Les formes de résistance évoluent nécessairement en fonction du péril auquel elles doivent faire obstacle.

Les gardiens du temple  comme François de Rugy stigmatisent aussitôt ces “militants très radicaux”. Pour le ministre de la Transition écologique et solidaire, nouveau disciple  de Macron, très satisfait de lui-même et des actions microscopiques engagés par son ministère, “le temps n’est plus aux manifestations”! Mais du temps est encore malheureusement donné au capitalisme financier que le système continue  à pourvoir en outils et en serviteurs. En s’engageant dans les accords de libre échange comme le CETA et le Mercosur et en nommant à des postes clés de l’UE Ursula von der Leyen et Christine Lagarde, respectivement à la présidence de la Commission et à la tête de la BCE,  qui sont des néolibérales dogmatiques, les dirigeants politiques européens font clairement le choix de la marchandisation du monde au détriment de la sauvegarde du vivant. François de Rugy préférerait sans doute que les citoyens applaudissent à l’annonce de l’interdiction prochaine de la vaisselle en plastique mais les citoyens prennent conscience que le temps n’est plus aux  “petits gestes” pour l’environnement. Il faut rompre avec un modèle économique qui n’est plus viable. 

Comment ne pas être radical face à la radicalité et l’extrémisme du capitalisme financier ?

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