Nommer les choses dans le bordel ambiant

Les nouveaux propos insultants d'Emmanuel Macron prononcés à l'encontre de manifestants lors de sa visite en Corrèze montrent une nouvelle fois sa vision de la société et sa vraie nature.

Emmanuel Macron aime l’ordre.  Il aime l’ordre économique avant tout  c'est-à-dire l’ordre qui résulte du libre fonctionnement du marché et qui entretient si bien la domination du capital, mais il aime et apprécie aussi tout le confort et la reconnaissance que lui apporte son corollaire, l’ordre d’une  bourgeoisie aux affaires tendue vers l’efficacité, le rendement, où chacun doit être à sa place sans broncher, sans rechigner, dans  le respect de sa hiérarchie. Cette bourgeoisie, cette oligarchie, détentrice des leviers de pouvoir,  vient de le placer tout en haut. Alors, sur son  olympe, Emmanuel Macron veille au bon fonctionnement de la machine industrielle et financière. Chacun doit être à sa place et tenir son rôle, du capitaine d’industrie jusqu’au travailleur pauvre, du conseiller de cour jusqu’au conseiller de Pôle emploi. Les gens qui ne travaillent pas, les chômeurs, « ceux qui ne sont rien »,  doivent tout faire pour arriver à s’insérer dans un monde qui est  prêt à leur donner une chance à condition qu’ils soient suffisamment méritants et soucieux de s’investir « au lieu de foutre le bordel ». Le MEDEF le réclame, c’est ainsi, et, comme le remarque Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement,  il est souhaitable « qu’un président  puisse nommer les choses » ! Au lieu de gesticuler et de perturber une visite présidentielle, il faut être prêt à partir, prêt à tout quitter pour produire quelque part, prêt à être un travailleur itinérant ; il faut  accepter sa position de travailleur du monde moderne, pion interchangeable,  rouage précaire et insignifiant,  mais utile à la fortune des plus méritants qui permettront ensuite, magnanimes,  à leur richesse de déborder et de ruisseler vers les plus faibles.

Il est toujours difficile d’échapper  à sa propre nature. Emmanuel Macron se voudrait le président de tous les français mais tout son être, toute son inclination, tout son environnement, tout son parcours le portent à ne représenter qu’une infime fraction  du peuple français  et à n’être finalement que «  le président des riches », le président d’une petite caste, et  un président de droite, voire même le président  d’une droite extrême,  puisqu’il faut nommer les choses. Quand on jette à la rue des centaines de milliers de jeunes - et de moins jeunes - dont les contrats aidés sont brutalement  supprimés et quand on ose de surcroît amputer l’aide au logement - qui concerne souvent les mêmes personnes - de 5€ , on peut sans peine être qualifié d’extrémiste libéral, même si une certaine presse s’évertue encore à légitimer et banaliser l’injustifiable.

Et cet extrémiste s’est installé dans le mensonge et la duperie. Pour durcir le social- libéralisme, glisser vers l’ordo-libéralisme allemand, et créer une nouvelle représentation politique centrée autour de son auguste personne, le candidat Macron  a prétendu jeter aux orties l’ordre politique traditionnel  en se déclarant ni de gauche ni de droite.

Mais les Français commencent à réaliser qui se cachait réellement derrière  ce jeune révolutionnaire de palais plaidant pour  le dialogue social et la bienveillance.

La déception et l’amertume grandissent et commencent à contester l’ordre d’Emmanuel Macron, porteur de chaos social et écologique. Les hommes ne sont pas encore tous en concurrence et animés par la recherche du profit: des ouvriers peuvent encore aspirer à partager collectivement le fruit de leur travail,  des agriculteurs veulent encore respecter le vivant, des naturalistes accordent encore de la valeur à ce qui nous est donné gratuitement par la nature.

Et tous ces gens menacent de « foutre le bordel » ! Alors, pour les calmer, pour les réduire au silence, pour assurer une  stabilité propice au bon déroulement des affaires, pour faire prévaloir  l’ordre du calcul égoïste sur la résistance collective, la loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme »  sera bientôt en place.  Le pouvoir économique pourra alors disposer librement d’individus en proie à la peur et soumis au pouvoir policier.

Oui, Il faut nommer les choses : Emmanuel Macron est décidément un extrémiste !

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