Un espoir nommé Joe Biden ?

Joe Biden sera donc le 46ème Président des USA et, pour tous les gens sensés, c’est une bonne nouvelle. 

Car, bien évidemment, mieux vaut Joe Biden que Donald Trump. Dans cette élection, il s’agissait avant tout d’écarter une calamité, de mettre le Président sortant hors d’état de nuire et même si le socle électoral de Trump s’est révélé beaucoup plus solide que prévu, une majorité d’américains s’est finalement  retrouvé pour faire barrage au racisme, au populisme, à l’outrance, à l’obscurantisme. Certes, les américains l’ont fait sans grand élan mais ils l’ont fait. La victoire de Joe Biden provoque donc un soulagement immédiat - comme lorsque cesse une grande douleur - mais elle ne saurait malgré tout susciter un enthousiasme excessif  tant les tares, les insuffisances, les fractures de la société américaine sont immenses et très difficilement surmontables.  Pour une majorité d’américains et notamment pour les plus fragiles, les chômeurs, les latinos, les noirs, la vie est difficile et va très probablement le rester. Mais après Trump, Joe Biden représente évidemment un espoir immense, notamment pour son électorat. La crise est là, manifeste et multiforme : sanitaire, économique, sociale et par dessus tout écologique,  même si beaucoup d’américains n’ont pas conscience du caractère prégnant de cette dernière parce qu’ils sont accaparés, rongés par des soucis plus immédiats.

Face à cette crise et pour marquer une rupture avec son prédécesseur, Joe Biden promet beaucoup et tous azimuts. Son élection peut-elle vraiment contribuer à rendre le monde meilleur ?  

La lucidité impose une particulière vigilance. 

Une société  aussi malade et pervertie par l’argent et le lobbying effréné du monde des affaires  ne peut pas engendrer de dirigeants véritablement soucieux du bien commun et attentifs à la crise qui surpasse et va bientôt surdéterminer toutes les autres : la crise écologique.  Le parti démocrate n’a pas  écarté  Bernie Sanders de la course à la Maison blanche pour mener  une politique véritablement  novatrice.  Avec Joe Biden, les USA  demeurent une oligarchie financière soumise aux intérêts et au bon vouloir d’une petite minorité. 

Dans le domaine de la protection de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique où les choix  ont des répercussions bien au delà des frontières de l’Amérique, Joe Biden ne sera probablement pas un allié fiable et solide pour toutes les luttes qui ont vu le jour ces dernières années afin de s’opposer à des projets néfastes pour le vivant. Certes, les USA vont réintégrer l’accord de Paris sur le changement climatique et probablement abandonner ou remettre en cause un certain nombre de projets particulièrement destructeurs pour l’environnement - comme par exemple la construction de l’oléoduc Keystone XL qui doit relier les champs pétrolifères de l’Alberta, province du Canada, aux raffineries du golfe du Mexique -  mais il ne faut pas compter sur Joe Biden  pour engager de grandes réformes structurelles permettant véritablement de faire face à la crise écologique et de diminuer les inégalités au sein de la société américaine. Joe Biden est un libéral, certes plus attentif à la question sociale et à la problématique du climat que Donald Trump - qui ne le serait pas ? - mais, même s’il n’est pas lui-même un affairiste, sa campagne a été financé par de nombreuses institutions et personnalités de Wall- Street (Lire ici). Le credo du nouveau président  est identique à celui de tous les dirigeants libéraux : la crise climatique sera surmontée grâce au progrès technique et  au développement des énergies nouvelles, décarbonées. L’écologie est un créneau pour l’industrie et pour l’agriculture, une opportunité supplémentaire de développement. Avec Biden, il n’y aura pas de changement de paradigme,  la crise climatique est perçue comme une opportunité pour développer de nouveaux secteurs. Les USA vont rester une société d’hyper consommation fonctionnant quasi exclusivement pour le bénéfice des plus riches.  La machine à creuser les inégalités au sein de la société américaine, à faire perdurer le fossé entre pays riches et pays pauvres  et à alimenter le vote populiste va continuer à fonctionner.  

Sous sa présidence, il ne fait guère de doute que les négociations sur le TAFTA abandonnées par Trump  ( le traité entre l’UE et les USA) vont reprendre et tous ceux qui luttent pour un monde  qui ne soit pas dominé par les grands groupes industriels et financiers auront de ce point de vue comme adversaire Joe Biden comme peut l’être Macron ou Merkel

Trump trop imprévisible, impulsif et clivant pour le monde policé de  Wall Street Biden était un anti écologiste primaire. Celui qui le remplace ne joue pas sur le même registre mais c’est bien le monde des affaires qui l’a porté au pouvoir et il s’agit bien d’un adversaire pour tous ceux qui aspirent à un monde vivable pour les générations futures.

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