L’autre camp, derrière les murs

Une majorité tyrannique serait déjà une insulte à la démocratie.  Alors que dire de cette petite minorité de marcheurs, certes majoritaire dans les institutions de la République mais  qui ne représente au mieux que 20% du corps électoral et qui est désormais, après être issue d’un triste malentendu et d’un choix par défaut, totalement discréditée dans l’opinion ? Comment qualifier l’attitude d’un clan minoritaire qui s’arroge le droit de chambouler un édifice social résultant de décennies de luttes et de négociations collectives, et qui réforme avec autant de brutalité ?  Comment nommer ce pouvoir inflexible ?

Le petit roc élitaire au pouvoir méprise le bloc majoritaire du peuple et use de tous les moyens de répression et d’intimidation pour faire régner l’ordre des nantis. Il entend régenter la société et conserver sa place tout en haut alors qu’il est désormais tout en bas dans les sondages et dans l’opinion des citoyens. Il est définitivement en marge, dans une strate inatteignable de ses sujets,  et peu lui importe que le pays proteste du moment que la roue du carrosse des plus fortunés continue à tourner. Le libéralisme autoritaire ne supporte plus le peuple qui éprouve décidément des besoins qui nuisent à l’efficacité et à la productivité des entreprises. Et Le peuple qui aspire à vivre dignement et non pas seulement à travailler et servir le capital ne supporte plus d’être dirigé par une petite  minorité de malfaisants. 

Mais comment combattre un pouvoir inflexible ? Comment résister ? Comment mettre fin à cette injustice en marche, à cette régression sociale, écologique et démocratique ? Comment surtout prévenir, empêcher le nouveau désastre qui nous guette en 2022 ? 

Ces questions sont dans toutes les têtes ou presque,  le mécontentement est devenu général mais la révolution ne se décrète évidemment pas. Chacun a bien conscience que notre démocratie est devenue virtuelle mais reste désarmé face aux institutions de la Vème république  et aux armes de la police. Le pays, dirigé par des représentants indignes, progressivement étouffé par l’hydre libérale, est secoué de soubresauts multiples et multiformes. Dans cette poudrière, des mèches sont allumées un peu partout mais il manque encore l’étincelle qui provoquerait l’embrasement général.  

En attendant, ce pouvoir est déjà banni, isolé. Le chef de l’Etat et ses ministres ne peuvent  se déplacer et tenir réunion que protégés par des cordons de CRS. 

A Bordeaux un collectif interprofessionnel a érigé un mur devant le rectorat (lire ici),  un mur pour symboliser le mur de l’incompréhension qui ne cesse de grandir entre les professeurs,  les étudiants et le ministre Blanquer au sujet notamment de la mise ne oeuvre de la réforme du Bac. 

Il faudrait emmurer ce gouvernement  

Les avocats qui poursuivent - et c’est sans précédent -  une grève totale ( 100% des barreaux sont en grève) contre la réforme des retraites pourraient murer les bureaux des procureurs de la République, condamner les  palais de justice. 

Le personnel hospitalier pourrait murer des agences régionales de santé, 

Les conducteurs de la RATP et de la SNCF pourraient murer le ministère des transports,

Nous pourrions tous murer les préfectures, les ministères et bien sûr l’Elysée, le symbole de ce pouvoir autiste et brutal  qui n’écoute rien, ne voit rien, et se contente de dire sa vérité, retranché dans les palais nationaux derrière des forces de sécurité tenues à l’écart des réformes, détachées elles aussi  de la communauté nationale.  

il faudrait ériger autour de tous les lieux de pouvoir des murs de l’incompréhension,  des murs pour symboliser l’apartheid idéologique dans lequel s’enferme le pouvoir, des murs pour marquer notre distance et la rupture.

On se souvient des mots du préfet Didier Lallement à l’adresse d’une manifestante “ nous ne sommes pas dans le même camp”.  Oui, il est cynique, brutal, mais terriblement lucide le préfet Lallement : effectivement nous ne sommes pas dans le même camp !  Eux sont dans le camp de la lutte, de la compétition, du rendement à tout prix,  de la servitude ; nous, nous optons pour le camp de la coopération, de l’entraide, du temps libéré. Nous choisissons  le camp de la vie.

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