Décadence de la Vème et de la Macronie

“Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente”

Depuis le début de la semaine, les écoliers, collégiens et lycéens doivent de nouveau suivre leurs cours à distance par le biais de visioconférences et autres outils numériques mis à disposition par la communauté enseignante. Face à la multiplication des cas de Covid dans les classes, le ministère de l’Education nationale s’est finalement résolu  à franchir la ligne rouge, à recourir à la solution ultime, “la mesure sanitaire extrême de dernier recours” qu’il s’était toujours interdit  : la fermeture. L’arrivée des vacances de printemps permet à Jean-Michel Blanquer de minimiser cet incident de parcours et de continuer à revendiquer contre vents et marées les choix qui ont été faits. Dans les bureaux du ministère, la politique de “continuité pédagogique” mise en place et poursuivie depuis le début de la pandémie n’est pas remise en cause, elle se poursuit, c’est évidemment un succès à mettre au crédit du gouvernement.

Dans les familles, tout comme lors du premier confinement, les bugs, les déconnexions, les écrans noirs composent  le quotidien de cette “continuité pédagogique”. Bref, un an après, “c’est toujours la même galère”!   Mais, Jean-Michel Blanquer le fait remarquer très justement : “ les bugs ne sont pas de la compétence de l’Education nationale! ” 

Sur une échelle de prévisibilité allant de 1 à 10, à quel niveau l’événement aurait-il été placé : 8, 9 ou 10 ? Très certainement à 10 et peut-être aurait-il même pu servir de modèle  étalon en matière de  prévisibilité absolue.  Et pourtant, visiblement, rien n’avait été prévu, rien n’avait été anticipé. Au ministère, ils étaient soit disant  “préparés à tout” sauf à ce qui paraissait inéluctable à la grande majorité des infectiologues compte tenu de la plus grande contagiosité du variant anglais et du nombre limité de lits de réanimation disponibles. 

Cette impréparation ne peut surprendre que les naïfs, que ceux qui croient que notre belle administration se détermine encore à partir de critères objectifs et reconnus par le plus grand nombre. Dans cette affaire,  Emmanuel Macron, le spécialiste du Covid 19, sans conteste le plus grand infectiologue de France, avait décidé qu’il n’y aurait pas de nouveau  confinement et que les classes ne fermeraient pas.  Au ministère de l’éducation, dirigé d’une main de fer par l’un des disciples les plus fervents du maître, il ne pouvait donc être question de prévoir, d'anticiper un événement qui n’était pas envisagé et souhaité par le monarque. 

La logique, la dynamique du fonctionnement de nos institutions nous mène simultanément à l’engorgement de l’hôpital public et à la défaillance de l’environnement numérique de travail  du ministère de l’Education nationale. 

Quand le déni de réalité tient lieu de politique, le pire devient certain. Sous la Macronie, on se croirait presque revenu au temps de Caligula : Macron  aurait certainement pu nommer un cheval à la tête du Conseil scientifique car celui-ci  ne remplit plus qu’une mission honorifique de pure forme.

Toute la politique du gouvernement est soumise aux appréciations et au  bon vouloir du Chef de l’Etat. 

Dès lors : 

Quand, en matière de santé publique, le Président a pour principal objectif la réduction du déficit de la sécurité sociale et ne prend en compte que les intérêts des firmes privées, comment anticiper et satisfaire les besoins accrus  de l’hôpital public ? 

Quand le président n’a aucune sensibilité écologique particulière et se permet de renier les engagements qu’ils avaient pourtant pris publiquement devant la Convention citoyenne pour le climat, comment mettre en place une loi climat réellement ambitieuse et efficace pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Quand le Président est entièrement acquis aux thèses de la FNSEA et n’a de cesse de défendre une agriculture intensive et productiviste, comment adapter la nouvelle PAC de façon à mieux prendre en compte la défense de l’environnement et la préservation de la biodiversité ? 

Quand le Président est un nucléocrate convaincu, comment espérer un véritable changement de cap dans le domaine  énergétique ? 

Comment  espérer quoi que ce soit de cette république monarchique ? 

Il faut se rendre à l’évidence : nous ne sommes pas gouvernés - puisque “gouverner c’est prévoir”  et que nos ministres refusent obstinément de prévoir et d’anticiper les mesures permettant de préserver le bien commun -  mais administrés à la schlague, sans avoir aucunement notre mot à dire, soumis au bon vouloir et à l’improvisation du maître. Et tout cela s’accomplit en grande irresponsabilité car ce qui caractérise avant tout nos soit-disant responsables sous la Vème République  c’est qu’ils agissent toujours en toute impunité. 


Récemment, lors de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de  loi “Climat et Résilience” Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique a cité Aimé Césaire : “une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente”. Nous y sommes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.