Le monde d’après devra se construire sans eux

Depuis le début, ils sont responsables de la crise et du désordre actuels , certes ils ne le sont peut-être pas directement au sens où ils n’ont pas planifié et organisé la pandémie due au coronavirus  mais ils ont grandement contribué  à ce qu’elle puisse se produire en favorisant la propagation d’un capitalisme prédateur, en recherchant sans cesse de nouvelles opportunités  de profit à l’étranger,  en accélérant partout sur la planète  la destruction des milieux naturels, en favorisant une agriculture industrielle  polluante et invasive ; fondamentalement, ils sont donc responsables et coupables. Et les institutions les mettent maintenant en position de devoir endiguer la progression du virus  alors même qu’ils ont grandement facilité sa progression au début de la crise et de préserver l’ordre public alors qu’ils sont massivement déconsidérés dans l’opinion.  

Mais maintenant le chaos s’est installé et les retards accumulés ne peuvent se rattraper ; il n’y a plus de solutions faciles mais des pis-aller installés au jour le jour et un peu à l'aveuglette. Le machiniste aux commandes fait des efforts désespérés pour donner l'impression de contrôler les opérations mais il est de plus en plus évident qu'il ne maîtrise pas grand chose et qu’il compte avant tout sur la saisonnalité du virus pour que la vie reprenne son cours normal.

Une politique générale de dépistage n’est toujours pas en place  et les enseignants - et bien sûr les élèves -  vont reprendre le chemin des salles de classe, notamment dans les zones rouges, sans avoir été dépistés. La gestion des masques est erratique, fluctuante, variable selon les collectivités, les réseaux de distribution ne sont pas facilement identifiables, la pénurie initiale continue à faire ressentir ses effets. Chacun va devoir se débrouiller comme il peut pour se protéger en fonction de son  lieu de sa résidence, des collectivités locales dont il dépend, et de son employeur. Les plus chanceux auront rapidement des masques gratuitement, certains devront patienter avant de pouvoir les acheter. Au final, l’offre privée va tenter de satisfaire la demande pour pallier les carences de l’Etat. Et la prévention sera souvent à la charge des ménages les plus modestes. 

Le désordre est là, mais ce désordre est réglementé strictement.  La technocratie, la bureaucratie alliée à l’autoritarisme d’un état de plus en plus policier donne un monde kafkaïen où l’absurdité règne avec brutalité.

Pour reprendre les termes d’Isabelle Stengers dans son ouvrage “Au temps des catastrophes - résister à la barbarie qui vient”, l’événement a réussi à  “ faire bafouiller nos  responsables, faire perdre prise aux évidences sur lesquelles ils comptent pour conduire leur troupeau vers un avenir qu’ils sont bien incapables de concevoir”.

 

Ils ont failli et de façon spectaculaire  mais ils ont néanmoins  la prétention de continuer à gouverner, et toujours dans la même voie !  Les obstacles à une reprise dynamique des affaires, de toutes les affaires, doivent être levés. La protection de l’environnement redevient une entrave intolérable, les barrières sociales, sanitaires, environnementales qui peuvent s’opposer au libre -échange vont être balayés sous des prétextes vertueux : selon le Commissaire européen au commerce Phil Hogan « La lutte que nous menons mobilise toute notre énergie, mais nous avons aussi fait progresser notre programme en faveur d’un commerce ouvert et équitable, qui n’a rien perdu en importance ». L’Union Européenne vient de ratifier un accord de libre-échange avec le Mexique.

Toute l’énergie de nos gouvernants  est désormais mobilisée pour faire redémarrer l’existant dans les pires conditions.

C’est une évidence : le monde d’après devra se construire sans eux !

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