La fuite en avant

La visite de populations et de sites ravagées par des épisodes climatiques extrêmes devient une activité récurrente, et presque banale, des responsables politiques. Après avoir durement frappé la Bretagne, la tempête Alex a, dans une envolée monstrueuse, enjambé la France pour aller noyer sous les eaux l’arrière-pays niçois. Alerté par l’ampleur du désastre, le Premier ministre Jean Castex, accompagné de Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, s’était aussitôt rendu sur les lieux.  A sa descente d’hélicoptère et après son survol des vallées balafrées par la tempête, il s’était  déclaré “particulièrement impressionné” et avait bien évidemment fait part de sa compassion, assuré les victimes de la solidarité nationale, promis le déblocage rapide de moyens et d’aides financières exceptionnels, en bref prononcé toutes les bonnes paroles attendues dans de telles circonstances.  Emmanuel Macron se devait de ne pas être en reste. Un désastre d’une telle ampleur appelait une visite présidentielle afin d’assurer aux populations sinistrées que “la Nation répondra présente” (. . .) “car la Nation n’abandonne aucun de ses territoires,  aucun de ses enfants”.   Emmanuel Macron a donc entrepris ce pèlerinage compassionnel dont le point d’orgue fut l’interview accordée au journal de 20h de TF1 en direct de Saint Martin de Vésubie ; une occasion à ne pas manquer pour se montrer solidaire, fraternel, proche des gens, quand  toute sa politique est au contraire profondément inégalitaire et méprisante. Au détour d’une question sur le lien entre l'événement et le réchauffement climatique, Emmanuel Macron s’est  même permis, avec un cynisme écoeurant, de vanter la politique de transition écologique du gouvernement en mettant en avant des mesures telles que la fermeture programmée des quatre centrales à charbon françaises, l’augmentation du malus écologique pour les véhicules les plus polluants ou bien encore les aides à l’isolation thermique des logements. . .  

Les dérèglements climatiques s’amplifient, s’accélèrent mais la priorité affichée est de relancer l’économie au mépris de l'environnement. Emmanuel Macron se voit toujours en “ champion de la Terre” et n’hésite pas à tirer gloriole de quelques points positifs alors que les reculs sont immenses et innombrables. 

 

Que pèsent en effet  dans la balance ces quelques mesures face à :

 

  • la réintroduction des néonicotinoïdes alors que “ les preuves scientifiques de la catastrophe n’ont cessé de s’accumuler “ :

https://reporterre.net/Neonicotinoides-Les-preuves-scientifiques-de-la-catastrophe-n-ont-cesse-de-s-accumuler

 

  • la déconstruction systématique du droit de l’environnement en profitant des circonstances exceptionnelles créées par l’épidémie de coronavirus :

            https://reporterre.net/Le-gouvernement-demolit-le-droit-de-l-environnement

 

 

 

  • le lancement programmé de la 5G sans aucune concertation, sans réelle évaluation des effets sanitaires et biologiques et sans se préoccuper des conséquences environnementales :

 https://reporterre.net/La-5G-ignore-les-enjeux-ecologiques

 

 

            https://reporterre.net/L-absurde-route-du-littoral-est-relancee-a-La-Reunion

 

 

  • etc, etc 

 

Chez les mammifères, et notamment chez l’homme, le néocortex est particulièrement développé, c’est lui qui permet le raisonnement, les associations, l’anticipation ainsi qu’ une meilleure adaptation à l’environnement et au danger. 

Emmanuel Macron et Jean Castex sont "impressionnés" par les ravages causés par Alex mais, dans les ruines et la désolation, ils ne proposent aucune solution véritable, ils sont incapables de remettre en cause notre modèle de développement et de questionner la relance économique. Ils sont impressionnés comme peuvent l’être  les spectateurs d’une scène d’horreur, et ils semblent avoir survolé le chaos comme de gros insectes bourdonnant au dessus d’un tas de cailloux, sans plus de jugeote.  

Confronté à la montée des périls, le néocortex de la tête de l'exécutif est défaillant, son cerveau fonctionne sur un mode reptilien, il ne propose qu’une réponse, une réponse à la fois désespérante et révoltante : la fuite en avant.  

 

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