Une réponse évidente

Après l’acte IV de la mobilisation des gilets jaunes, sur un parcours qui est loin d'être achevé, plusieurs enseignements peuvent néanmoins être tirés.

Le pouvoir persiste dans sa stratégie du choc : en provoquant, en gazant inutilement  les manifestants pacifiques et en  instrumentalisant une nouvelle fois la violence des casseurs, il compte uniquement sur la peur des braves gens pour restaurer son autorité et pour appeler à un retour à l’ordre. Les hommages appuyés et répétitifs aux policiers et gendarmes montrent à quel point le gouvernement est totalement coupé de la population.  Les mesures sécuritaires prennent désormais appui sur les lois antiterroristes avec des interpellations sans que des infractions ou des délits aient été commis.  A Nancy Florent Compain, président des Amis de la Terre France, et Denys Crolotte, du Mouvement pour une alternative non violente, ont passé une nuit en garde à vue pour  avoir  co-organisé la Marche pour le climat dans cette ville. (Lire ici). Les libertés individuelles ne sont plus garanties.

Le peuple n’est plus seulement devant la télévision, il redevient actif. Les réunions, les manifestations sur les ronds-points ont permis aux gens de se parler, de mettre des mots  sur leurs maux,  de réfléchir aux causes de leurs difficultés, de trouver le chemin de la lutte en commun même si l’articulation des différents collectifs demeure difficile.

La question de l’engagement et des formes de contestation est  clairement posée. C’est malheureusement la conjonction entre les manifestations des gilets jaunes  et les agissements des casseurs qui a créé les conditions d’un  recul  du pouvoir. Les marches apéritives ou digestives dominicales ne feront jamais plier un système assuré de sa domination et de sa puissance.  Il faut en avoir conscience et y réfléchir. Il est certain comme l’expose Peter Gelderloos dans un ouvragé récent que « la non-violence protège l’Etat » (lire ici).

La coupure  entre le monde syndical et les luttes de terrain spontanées doit cesser.  La plupart des organisations syndicales sont  apparues jusqu’à présent comme des forces conservatrices, garantes de l’ordre établi au côté du pouvoir en place.  En prenant leur distance vis-à-vis du  mouvement (qui a d’ailleurs évolué au fil du temps), elles ont encouragé le pouvoir à opter pour la manière forte.

Il faut à tout prix  articuler le social et l’écologique, détruits tous les deux par le capitalisme financier, pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

Depuis l’accord de Paris , les dirigeants politiques du monde occidental, le monde qui pollue, ont montré qu’ils n’étaient pas à la hauteur

De la COP 21 à la COP 24, de Paris à Katowice, le monde a continué à régresser socialement et à tourner le dos aux mesures nécessaires pour éviter un emballement climatique qui éliminerait probablement l’espèce humaine. Les dirigeants politiques du monde riche - celui qui pollue le plus - ont failli ; ils ne sont pas à la hauteur du défi.  Seuls des citoyens responsables peuvent faire pression et prendre leur destin en main, Pour cela il faut d’abord et urgemment résoudre la crise sociale.

Il nous faut donc changer de paradigme.  Cela ne peut pas se faire en réformant une fois de plus un capitalisme financier qui a toujours su s’adapter pour maintenir  et finalement accroître l’exploitation des hommes et de la nature. Une révolution est absolument nécessaire. Emmanuel Macron peut-il relever ce défi ? La réponse est évidente.

 

 

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