Une logique d’affrontement

Après avoir beaucoup donné aux riches et déployer tout un arsenal de mesures destinées  à avantager le capital par rapport au travail, alimenter la classe des possédants au détriment des  classes sociales les plus modestes , notre Président et toute sa clique de ministres communiquent encore sur leur  volonté de réformer et de transformer la société française pour “remettre de la solidarité et de la justice”. Il conviendrait  ainsi d’abandonner notre système actuel de retraite particulièrement inéquitable, marqué notamment par la coexistence de régimes spéciaux hors d’âge, pour le remplacer par un système plus moderne par points, seul apte à garantir un équilibre financier durable et une retraite décente pour tous. Tout un arsenal de mesures généreuses à venir permettra de tenir compte de certaines spécificités, de la pénibilité des métiers, de  garantir des retraites minimales, de combler les inégalités de pensions entre les hommes et les femmes, etc. 

Toute une propagande se déploie,  c’est promis : les Français vont avoir droit à une fin de vie meilleure ! Et les enseignants vont enfin être augmentés ! 

Mais les citoyens ne peuvent plus être  dupes, ils ressentent bien que derrière tout ce battage gouvernemental se cache une nouvelle fois la volonté de réaliser des économies sur leur dos. La justice sociale ne peut pas faire partie des objectifs d’un gouvernement qui maltraite à ce point les plus démunis et qui oppose la violence policière à toute contestation. 

Il faut “ remettre de la solidarité et de la justice”. il faut assurer la pérennité financière du régime des retraites, mais : 

  • Est-il question de supprimer les retraites “chapeau” pour les cadres dirigeants ?
  • Est-il question de mieux répartir la valeur ajoutée produite ?
  • Est-il question  de remettre en cause les très nombreuses  exonérations de cotisations sociales dont bénéficient des entreprises déjà largement bénéficiaires ?
  • Est-il question d’aborder le problème des retraites en dehors du seul cadre économique et budgétaire afin de garantir à chacun.e une pension décente ?
  • etc 

Il ne peut y avoir d’aveu plus évident que l’effort demandé - qui épargne les vrais privilégiés - obéit à des objectifs comptables et non pas humains. La réforme vise à permettre  de nouvelles opportunités de profit aux compagnies d’assurance et fonds de pension privés et soumettra encore plus durement le montant des pensions à l’économie et aux impératifs de rigueur budgétaire nationaux et européens. 

Mais il faut faire semblant d’oeuvrer pour le bien commun. Tout se fera avec une rapacité bienveillante. Edouard Philippe veut réformer avec le sourire, avec une douce brutalité.

Et puis, ceux d’en haut espèrent bien que ceux d’en bas finiront par s’entre-déchirer. Déjà, tous les bénéficiaires de régimes spéciaux sont désignés à la vindicte populaire. Et l’on peut parier que les grèves, les désagréments et empêchements quotidiens, devraient bien finir par attiser les tensions et miner les solidarités. A terme, la demande d’ordre devrait l’emporter. Et la soumission à l’ordre existant sera renforcé.

C’est le pari du pouvoir, mais il est risqué. L’acte II intervient après l’acte I, après que le quinquennat ait révélé sa vraie nature. Le peuple n’attend donc plus rien de bon de ce quinquennat. Le renouveau politique incarné par Emmanuel Macron aboutit à l’incompréhension, la fracture, le blocage. 

Une logique d’affrontement s’est progressivement mis en place, avec les gilets jaunes, et désormais aussi avec les syndicats. Il est difficile d’en prévoir le débouché. 

 

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