“En zone rouge” et “en même temps”

Cet été, après une longue période d’isolement drastique et policier, les vannes se sont ouvertes, un grand brassage de populations a succédé au confinement et à la limitation des déplacements. Les attroupements, les rassemblements à l’occasion de spectacles, de fêtes ou d’activités de loisir, se sont multipliés ; les gens se sont défoulés, notamment dans les zones touristiques et les grandes métropoles.  Et la circulation virale a repris. Le gouvernement fait mine de s’en inquiéter, de prendre des mesures, mais en réalité  se préoccupe essentiellement  de la relance économique et de la reprise de la croissance. 

Depuis la rentrée scolaire, de grands rassemblements quotidiens, dans des lieux confinés, sans aucune distanciation, ont lieu sous les yeux d’une administration étonnamment passive et laxiste. 

Allons par exemple à Blanquefort, dans la banlieue immédiate de Bordeaux, dans le département de la Gironde, classé désormais “en zone rouge”. Au sein de la métropole bordelaise, la circulation du virus est, d’après les autorités sanitaires, particulièrement élevée et l’évolution de la situation est préoccupante. Le Premier ministre, Jean Castex, dans son style si particulier, sur un ton à la fois martial et fleurant bon  le terroir, en a parlé dans son dernier point sur l’évolution de l'épidémie. 

A Blanquefort, en plein dans une zone rouge , la même scène se répète tous les jours depuis la rentrée.  

Midi, l’heure de la pause déjeuner. Au lycée Jean Monnet - qui dépend de l’éducation nationale -  et au lycée agricole qui le jouxte, les cours de la matinée viennent de se terminer dans une belle harmonie républicaine ; les élèves se rendent à la  cantine scolaire, commune aux deux établissements, située sur le site du  lycée agricole. Pendant toute la matinée, les élèves ont dû porter le masque, respecter la distanciation physique et les sens de circulation signalés pour éviter de se croiser, il faut entrer par une porte, sortir par une autre, passer par ici, ne pas passer par là,  etc. Périodiquement les CPE ( Conseillers principaux d’éducation) leur rappellent les consignes, la bonne façon de se laver les mains, les gestes barrière, en bref toute la discipline de rigueur liée au coronavirus. . Quand les lycées prennent des allures de caserne. . .

La pause de midi, c’est le moment où ils vont pouvoir reprendre leur souffle, oublier un peu tous ces désagréments, toutes ces contraintes.   

Auparavant,  il faut patienter un peu. . .

Car à l’entrée de la cantine,  des préposée au gel hydro alcoolique sont au portillon pour désinfecter, très rapidement, et d’un petit pschitt insignifiant,  les mains qui se tendent sans grande conviction. En attendant de recevoir l’onction purifiante, les élèves se massent, agglutinés sur plusieurs dizaines de mètres. Dans cette longue file d’attente, en rangs très serrés, les visages se dévoilent plus ou moins : masque sur le nez, sous le nez, autour du cou pour pouvoir parler librement. . .

Une fois le seuil franchi, les élèves se saisissent d’un plateau et vont chercher les couteaux et fourchettes entassés en vrac dans des bacs disposés en bout de comptoir. C’est ensuite la file d’attente, à la queue leu leu,  sans véritable distanciation jusqu’à la distribution des plats près des cuisines.  

Ensuite, chacun doit chercher une  place dans la salle de cantine, il n’y a  pas de placement, pas de distanciation minimum.  les élèves s’assoient  côte à côte, sur de longues travées. La cantine d’après fonctionne sur le même mode que la cantine d’avant.  Les masques sont rangés, on peut manger et  en même temps discuter facilement, les camarades sont à côté ou en vis-à-vis. à portée de voix et de postillons. 

C’est l’illustration du désengagement irresponsable de l’administration quand, paraît-il,  il n’y a pas moyen de faire autrement. 

la différence des salles de classe qui ne rassemblent qu’un nombre restreint d’élèves, les cantines scolaires regroupent des élèves par centaines. . .Ce qui se passe à la cantine scolaire de Blanquefort - qui n’est certainement pas un cas isolé -  traduit l’incohérence des pouvoirs publics.  D’un côté le gouvernement a édicté et édicte encore des consignes très strictes, allant jusqu’à l’absurde, dans des circonstances  présentant peu de risques et dans le même temps il fait preuve d’un laxisme absolu dans des situations particulièrement sensibles qui auraient pu être appréhendées et traitées différemment avec un minimum d’imagination, de souplesse et d’intelligence 

Ainsi, dans le cas de la cantine scolaire de Blanquefort, l’arrière saison étant plutôt ensoleillée et l'établissement disposant de vastes espaces verts inoccupés,  il aurait été certainement possible d’installer des tables en extérieur en attendant éventuellement de monter des structures d’abri temporaires permettant un réel espacement physique, Il aurait été également judicieux d’aménager les horaires  de classe de façon à accueillir les élèves sur  une plage plus étendue pendant le repas de midi, d’imposer au minimum un placement en quinconces, etc.

Les autorités administratives  jettent de la poudre aux yeux de la population, se donnent bonne conscience, mais chacun peut aisément constater les failles nombreuses et béantes du système.   

Quelle opinion peuvent bien avoir nos jeunes d’un encadrement aussi inconséquent et stupide ? 

Comment obéir quand de quelque côté que le regard se tourne on ne voit qu’incohérence et inefficacité ?  

Le monde de Macron ne nous propose que d'être bête et discipliné. 

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