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Billet de blog 16 mai 2022

Un débat escamoté

Alors que les signes de dérèglement climatique sont de plus en plus alarmants et que la sécheresse s’installe sur une bonne partie de la France, l’écologie déserte la campagne des élections législatives.

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Alors que les signes de dérèglement climatique sont de plus en plus alarmants et que la sécheresse s’installe sur une bonne partie de la France, l’écologie déserte la campagne des élections législatives.  La polémique sur le port du burkini dans les piscines de Grenoble et la problématique du pouvoir d’achat accaparent l’espace médiatique et mobilisent les commentateurs politiques. Ce sont autant de thèmes piégeants  et diviseurs pour la NUPES  et ses représentants. 

Le burkini renvoie bien évidemment à cet  islamo-gauchisme tant décrié qui imprégnerait certaines composantes de la gauche et qui constituerait une ligne de fracture indépassable au sein de la nouvelle coalition. C’est un puissant sujet de polémique et d’incompréhension pour un enjeu de société liliputien au regard du nombre de personnes concernées, et c’est donc une aubaine pour tous les adversaires de la NUPES qui ont à leurs côtés un journalisme instruisant en permanence tous les dossiers à charge.

La problématique du pouvoir d’achat qu’il conviendrait de revaloriser ou à tout le moins de maintenir peut certes être considéré comme un enjeu de justice sociale mais lorsqu’elle est posée de manière trop générale et indifférenciée, elle présente l’inconvénient de mettre également l’accent sur la relance de la consommation alors que pour une bonne partie de la population, il  devrait avant tout être question de consommer moins et de consommer mieux. Les termes du débat sont ainsi faussés d’entrée et nous entraînent dans une voie périlleuse tant ils s’inscrivent  a priori dans le cadre d’une économie de production et de croissance qui profite toujours aux plus riches et que le dernier rapport du GIEC remet justement en cause.

Ainsi par exemple, la hausse des minima sociaux ainsi que celle du SMIC et des petites pensions est une nécessité mais l’augmentation indifférenciée du point d’indice des fonctionnaires n’est probablement pas souhaitable car elle maintient voire accentue les inégalités de traitement dans la fonction publique alors qu’il est au contraire urgent de revaloriser préférentiellement les salaires de certaines catégories d’agents, notamment ceux qui se situent dans le bas de l’échelle indiciaire ( dans l’enseignement et dans le milieu hospitalier par exemple) 

Aujourd’hui, alors que des millions de Français sont mal logés ( voire pas logés du tout), mal nourris, mal soignés, etc, il est nécessaire de garantir avant tout aux plus défavorisés  la satisfaction de leurs  besoins fondamentaux. Il convient d’ailleurs de remarquer que la problématique du pouvoir d’achat pour satisfaire des besoins essentiels ne se  pose que  dans le cadre d’une économie marchande, souvent spéculative,  où les biens et les services sont proposés par des entreprises ou des personnes privées qui réalisent parfois des profits scandaleux en bénéficiant indirectement des aides publiques.  L’écolier qui se rend à l’école ne se pose pas le problème de son pouvoir d’achat ni même le malade lorsqu’il est soigné  à l’hôpital public. 

Un certain nombre de biens publics et de communs devraient donc échapper à cette problématique en étant mis “hors marché”. 

Le débat sur la hausse du pouvoir d’achat escamote en fait  le vrai débat, le seul débat qui vaille, celui qui doit nous animer autour de la sortie du capitalisme financier et du paradigme néo-libéral. Le dernier rapport du GIEC préconise pour lutter contre le réchauffement climatique de mettre en place  à l’échelle planétaire - mais cela vaut évidemment avant tout pour les pays riches -  une société de sobriété bannissant la  surconsommation et le gaspillage, seul moyen de préserver les communs et de  lutter dans le même temps  contre les inégalités. 

En France, il est urgent de porter ce débat dans le cadre des législatives et, plutôt que de parler uniquement de pouvoir d’achat, de mettre l’accent sur l’indispensable reconquête et extension des services publics ( financée notamment par une taxation accrue du capital)  permettant d’assurer à l’ensemble de  la population la satisfaction de ses besoins fondamentaux.

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