Une évidence obscène

La gestion de la crise sanitaire par notre gouvernement  démontre-t-elle,  ainsi que n’hésitent pas à l’affirmer certains commentateurs, que l’économie libérale - aussi âpre au gain soit-elle-  accorde malgré tout plus d’importance à l’humain et au bien être des citoyens qu’ à la santé des entreprises ?  L’humain primerait-il en fin de compte sur l’économique, la sécurité sanitaire des salariés pourrait-elle prendre le pas sur la rentabilité et le profit ? Le confinement de millions de travailleurs, destiné à épargner des vies, qui s’est évidemment mis en place au détriment de la  production et de la croissance plaide en ce sens.

Certes, mais une autre lecture des événements est aussi possible, l’analyse d’une politique doit toujours prendre en compte le contexte et l’enchaînement des événements.     

On peut ainsi objecter que le gouvernement français ne s’est résolu que tardivement, trop tardivement, une fois l’épidémie bien lancée, au confinement de la population  et que cette méthode archaïque a dû être utilisée faute d’avoir mis en place les moyens nécessaires à la prévention et à la délimitation de l’épidémie. Lorsqu’il est devenu évident que la crise sanitaire, si elle n’était pas maîtrisée, aller déboucher sur une crise politique majeure susceptible de les emporter, nos décideurs se sont enfin résolus à prendre en compte le social et  à retrouver la voie d’un certain humanisme en économie. Il fallait prendre des mesures drastiques pour épargner des vies mais aussi sauver le régime.

Et après le choc de “la vague”,  maintenant que les lits de réanimation des hôpitaux sont moins engorgés, la vie peut reprendre son cours normal dans un univers capitaliste inchangé. Emmanuel Macron et ses acolytes, un temps affectés par le Covid 19,  reprennent leur souffle et retrouvent leurs priorités et leur logique de fonctionnement habituelle. Des milliards sont débloqués très facilement pour soutenir les entreprises, le plus souvent sans aucune contrepartie, et les exonérations de cotisations sociales se multiplient asséchant le financement des services sociaux  et notamment des services de santé ! Une politique irresponsable et scélérate,  au service exclusif du capital, compromet dores et déjà l’avenir.  Toutes ces dettes vont engraisser les banques et le défaut de financement de services publics aussi essentiels que la santé (en pleine période de pandémie) affectera évidemment tôt ou tard les Français et plus particulièrement les plus démunis. 

L'assujettissement de l'ensemble de l’appareil d’Etat à la doctrine néolibérale  et à une relance productiviste méprisant le social et l’environnement est de plus en plus flagrant. Le Conseil d’Etat vient ainsi de valider l’épandage de pesticides près des habitations ignorant les recours déposés par de nombreuses associations (lire ici). Dans le même temps, l’Assemblée nationale continue de détricoter le droit du travail en déréglementant l'usage des CDD : les entreprises pourront ainsi disposer d’une main d’oeuvre précaire à souhait, forcément docile, sans autre exigence que de toucher la paye en fin de mois. 

Le déconfinement et le redémarrage de l’économie , à défaut de masques gratuits et  de dépistages généralisés, s’effectuent de plus  dans des conditions sanitaires médiocres  mais le capitalisme est ainsi fait qu’il est absolument  incapable de prendre en compte le long terme ; c’est une évidence obscène : sa routine est de soumettre l’humain et l’ensemble du vivant à la recherche du profit.

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