Un éléphant dans le paysage de la transition écologique

Depuis le 9 juillet, la baleine franche fait désormais partie de la liste rouge de l’UICN qui recense les espèces menacées de disparition. L’espèce humaine ne figure pas encore dans cet inventaire mais pour combien de temps encore ?  Comme l’ensemble du vivant, elle est étroitement tributaire des autres écosystèmes, ses liens de dépendance avec les végétaux et les animaux sont innombrables, mais  elle se comporte pourtant comme si elle disposait de la possibilité de s’en affranchir. La pandémie du coronavirus - qui n’est d’ailleurs pas maîtrisée -  n’aura pas servi de leçon. La protection de l’environnement risque même de pâtir de cet épisode car notre économie mondialisée, addicte à la croissance, a très mal supporté le ralentissement imposé par le  confinement et compte repartir de plus belle sans être trop contrainte.  Maintenant, malgré les risques sanitaires toujours présents, priorité est donnée à la relance économique. Avec les mêmes dirigeants, le monde d'après ne peut que reproduire  désespérément le monde d’avant. En France, l’interview du 14 juillet d’Emmanuel Macron ainsi que la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre Jean Castex ont pour dénominateur commun une logique productiviste qui instrumentalise l’écologie au profit de l’économie. L’écologie devient un des leviers pour accélérer la reprise ! La rénovation énergétique des bâtiments, la production de véhicules électriques, le développement des énergies “vertes” comme le photovoltaïque, etc, sont autant de secteurs porteurs et créateurs d’emplois.  Il va nous falloir travailler plus, produire plus, consommer plus, mais dans une logique toujours plus inégalitaire puisque la réduction du temps de travail, qui aurait été un  moyen efficace pour lutter contre le chômage de masse et encourager le développement d’activités autonomes, ne fait évidemment pas partie du projet gouvernemental. 

Jean Castex se veut positif : il croit en “la croissance écologique”, mais bien sûr dans un environnement néolibéral, c’est à dire dans un cadre qui permette de préserver la liberté d’exercer des activités polluantes et nuisibles à l'environnement et de commercer entre pays en signant des accords de libre-échange comme le CETA au mépris de nos règles sociales et environnementales. Comme le chef de l’Etat, il pense qu’il n’est pas souhaitable “de placer la protection de l’environnement au-dessus des libertés publiques.” Il se contente donc de vagues promesses d’aides à la transition écologique, à la la décarbonisation de notre économie,  qui dans certains domaines sont plus inquiétantes que rassurantes, notamment lorsqu’il est question d’accélérer la numérisation de nos activités. Car derrière la numérisation, se profile une technologie particulièrement controversée  dont la Convention citoyenne pour le climat n’a pas parlé : la 5G.

Les anglais ont une expression imagée qui pourrait illustrer ce qui se passe pour la 5G : “ il y a un éléphant dans la pièce et personne n’en parle”. La 5G qui est en phase de pré installation avec une expérimentation à Bordeaux va s’accompagner de  toute une kyrielle d’équipements, d'appareils et d’applications  particulièrement gourmands en énergie. Avec la 5G, la numérisation, qui nous est vendue comme un des éléments de la transition écologique, va entraîner  une hausse considérable des émissions de gaz à effet de serre (lire ici)

Au final, la “croissance écologique” vantée  par Jean Castex, est bien un oxymore trompeur qui nous promet  de belles déconvenues.   

Par contre, nous pouvons faire crédit au  Premier ministre - qui fut dans une vie politique antérieure un ardent défenseur de la candidature de François Fillon - lorsqu’il déclare vouloir restaurer l’autorité de l’Etat qui doit s’étendre et diffuser partout dans les territoires. Dans ce domaine, il a tout de suite joint les actes à la parole : il a effectué ses premiers déplacements pour rendre un hommage appuyé aux forces de l’ordre.  Son apparente bonhomie ne doit pas tromper : Jean Castex appelle les Français à la discipline et va poursuivre et amplifier, avec l’aide d’un arsenal juridique qui ne cesse de s’étoffer,  la transition sécuritaire vers un état policier. 

 

L'instinct de survie est présent chez toutes les espèces animales. Chez l’homme, il semble désormais annihilé par un système global et des appareils d’Etat de plus en plus autoritaires au service du profit et de  l'enrichissement d’une minorité. Tout se passe comme si l’humanité, entravée, soumise, se comportait comme un troupeau placide qu’un démiurge conduit à l’abattoir. Ici et là, des individus courageux, comme le militant Loïc Schneider, condamné récemment à 3 ans de prison ( lire ici),  se rebellent et tentent désespérément de raviver l'instinct de survie de leurs congénères, mais ces lanceurs d'alerte sont impitoyablement  pourchassés par le système et réduits au silence. Ils nous montrent pourtant l’exemple. 

Face à Jean Castex et à tout ce qu’il représente, la discipline est une tare et l’indiscipline une vertu. 

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