L'acte II pour confirmer l'imposture de l'acte I

acte II scène 1

Tout d’abord,  reconnaître la défaite face au parti du Rassemblement National, il est impossible de ne pas le faire, le défi avait été lancé ! Et puis, en rabattre un peu, concéder ce  petit moment d’humilité et de vérité permet de se draper à peu de frais dans une probité intellectuelle qui va permettre d’enchaîner ensuite toute une série de manipulations et de mensonges plus ou moins grossiers, suggérer ainsi tout aussitôt que le résultat de la liste LREM aurait pu être bien pire, qu’il est finalement très honorable et presque inattendu pour une formation liée au pouvoir en place, qu’il constitue un encouragement à poursuivre la politique décidée par le Président Macron.  

Et bien sûr, constater avec délectation que toutes les autres formations politiques traditionnelles subissent une défaite mémorable à l’exception des Verts qu’il va s’agir désormais d’instrumentaliser et de neutraliser. L’écologie étant réputée transversale, elle est évidemment toute indiquée pour alimenter  un mouvement fourre tout qui prétend emprunter en même temps à la gauche et à la droite.

Enfin Marine Le Pen est plus que jamais désignée comme l’adversaire officiel pour 2022.

 

Acte II scène 2

Avec l’aide constante et jamais prise en défaut des médias dominants, la défaite est transformée définitivement en quasi-victoire. C’est finalement une défaite et une victoire en même temps. La reconduction de  l’équipe en place, puisqu’elle n’a pas démérité, est désormais actée. Maintenant, il s’agit d’aller plus vite et encore plus loin dans la destruction de notre modèle social inadapté au monde moderne, obsolète et condamné.

 

Acte II scène 3

Avec le discours de politique générale d’Edouard Philippe devant l’Assemblée, officialiser le maintien du cap et la poursuite de la même politique en avouant tout au plus quelques erreurs de communication qui nécessitent sans doute un changement de méthode : on s’engage donc à consulter davantage, à intensifier le dialogue avec les corps intermédiaires et les citoyens.

Bref en langage macronien, le gouvernement va continuer à mettre en oeuvre les réformes indispensables à l’accroissement des profits et des dividendes sous couvert de protection des plus faibles, à restreindre les libertés publiques et à réprimer de plus en plus durement les mouvements écologiques et sociaux en nous abreuvant  de démocratie et de valeurs républicaines.

Réformer la France c’est aussi continuer dans la transition écologique. Edouard Philippe n’est pas un décroissant, il a tenu à réaffirmer avec beaucoup de force son attachement à la croissance et au progrès technique. Pour le Premier ministre, la défense de l’environnement est avant tout une affaire d’adaptation technique, de technologie : il faut concevoir autrement, il faut rouler en électrique, il faut recycler, il faut peut-être éviter de gaspiller mais il faut continuer avec le même modèle consumériste, le seul compatible avec le modèle capitaliste.

Finalement son discours écologique s’inscrit dans le cadre de son discours politique il faut continuer comme avant mais en donnant l’impression de faire autrement.

Le niveau de vie des Français n’est pas négociable et Edouard Philippe voudrait nous faire croire que la croissance française peut être vertueuse et compatible avec le respect de l’environnement.  Mais l’imposture est patente : la croissance française ne peut pas être vertueuse. Pour maintenir son rang et faire rentrer des devises la France s’appuie notamment sur l’industrie du luxe, l’industrie de l’armement et l’aéronautique, des secteurs en plein essor ( sans parler du nucléaire qui heureusement n’est pas un secteur très florissant) mais qui représentent un pillage et un gaspillage énergétique colossal. La France creuse chaque jour sa dette écologique afin de faire diminuer sa dette financière vis-à-vis des banques  : pour alimenter des industries qui flattent notre besoin de paraître et nos instincts de domination les plus grossiers, elle dégrade l’environnement dans de nombreux états de la planète, déstabilise des populations et tue indirectement des civils innocents comme au Yémen.

La France est volontiers donneuse de leçons mais c’est sans doute un des pays les plus mal placés pour exiger des efforts de la part de la communauté internationale. Emmanuel Macron vient d’inaugurer le salon du Bourget  en dévoilant notamment la maquette du nouveau système de combat aérien européen (SCAF), “conçu comme un système associant avion de combat de nouvelle génération, drones, futurs missiles de croisière et drones évoluant en essaim” En voilà un beau vecteur de croissance soutenable ! Emmanuel Macron n’est pas le champion de la terre et de l’écologie mais un des leaders du capitalisme guerrier.  La croissance de la France ne peut pas être vertueuse.

Avec Edouard Philippe et Emmanuel Macron, la France sera toujours dans le club des riches qui détruisent la planète.

Et l’acte II va confirmer l’imposture de l’acte I

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