Une vraie résistance pour 2022

La journée nationale du 12 juin pour les libertés et contre la montée des idées d’extrême droite a paraît-il été un grand succès avec environ 150.000  participants rassemblés dans les  différents cortèges. 

Rappelons tout de même que la France compte près de 48 millions d’électrices et d’électeurs. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si dans un amphithéâtre de 300 personnes une seule était vraiment disposée à se lever pour protester contre la tenue de la représentation. . .

La séquence estivale qui s’annonce après les élections départementales et régionales va inévitablement entraîner un relâchement militant bien compréhensible. Les mobilisations vont marquer le pas même si une nouvelle action est prévue les 3 et 4 juillet prochain à Perpignan, la ville où se déroulera le congrès du Rassemblement national.  Mais est-ce vraiment important ? Ces défilés grognons peuvent-ils réellement enrayer la montée du Rassemblement national et dissuader le gouvernement de poursuivre une politique liberticide ? 

Depuis des années,  le calendrier militant est rythmé par d’innombrables manifestations qui n’ont jamais l’ampleur requise pour faire plier le pouvoir en place et s’opposer par voie de conséquence à la montée de l’extrême droite qui fait son miel  du mécontentement populaire et de la décrépitude des partis dits de gouvernement. Les appels succèdent aux appels, les collectifs aux collectifs, et les jours d’après finissent par ressembler furieusement aux jours d’avant car la gauche se révèle incapable d’enrayer la détérioration - qui paraît presque inexorable - des services publics et des dispositifs de solidarité collective. Une dynamique de l’échec semble s’être durablement installée ! Des luttes sont menées mais elles ne sont jamais véritablement solidaires ; elles sont plutôt corporatistes, discontinues, désunies, sans souffle véritable et sans la cohésion qui permettrait de trouver l’allant et une véritable puissance d’opposition.

La gauche alternative ne peut-elle donc jamais tirer les leçons de ces erreurs stratégiques passées ?

Si l’on met de côté le recours à la violence révolutionnaire, le seul moyen pour lutter efficacement contre l’extrême droite et pour les libertés n’est évidemment pas de rassembler quelques milliers de manifestants dans la rue mais bien  de bâtir une candidature commune pour la Présidentielle de 2022, une candidature unique reconnue par l'ensemble des partis et mouvances d’opposition, une candidature annonciatrice d’une nouvelle Constitution renouvelant la démocratie et redistribuant les pouvoirs. Le mouvement social et écologique est sans doute vicié par la logique perverse des institutions de la Vème République qui incitent à la recherche de l’homme ou de la femme providentiel.le et qui exacerbe la compétition pour le pouvoir entre les partis mais il  faut cependant aboutir à cette candidature unique, c’est une condition nécessaire.

Et il faut aussi mettre en place une stratégie de communication et d’information vis-à-vis du grand public qui puisse contrebalancer - au moins partiellement - la surreprésentation médiatique des droites. Il convient de noter qu’une candidature unique aiderait très probablement cette stratégie. 

Cette semaine, France Inter, qui aime encore à se présenter comme une radio de service public  a consacré une émission spéciale en direct du Creusot pour les élections régionales Les quatre  interviewés, qui ont répondu aux questions des journalistes pendant  la quasi-totalité de l’émission, étaient : 

  • Marie-Guite Dufay (PS)
  • Julien Odoul (RN)
  • Gilles Platret (LR)
  • Denis Thuriot (LREM)

 Un plateau constitué de trois candidats de la droite  et de l'extrême droite et d’une candidate, Marie-Guite Dufay, que l’on peut situer au centre ( elle avait appelé à voter pour Emmanuel macron en 2017) §

Les autres candidat.e,s, Stéphanie Modde (EELV), Bastien Faudot (Gauche plurielle dont LFI) et Claire Rocher (Lutte ouvrière) qui n’étaient pas présent.e.s sur le plateau ont eu droit à la retranscription de mini reportages, entrefilets anecdotiques placés entre les morceaux de choix. Ces candidat;e;s jouaient sans doute le rôle de faire valoir pour les autres et de caution démocratique de basse intensité. Durant cette émission “spéciale”,  France inter s’est ainsi fait avant tout le relais complaisant de tous les poncifs de la droite sur le mal-être des français face à l’insécurité grandissante.

Aujourd’hui la droite extrême et l'extrême droite formatent en permanence l’opinion via les grands médias. Pour lutter contre la montée des idées d’extrême droite, les manifestations de rue sont sans doute utiles mais la vraie résistance ne peut naître que d’une cohésion sans faille pour 2022.

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