Le macronisme est un capitalisme guerrier

Après dix mois d’inaction au ministère de l’écologie  François de Rugy s’en est allé, satisfait de son bilan misérable, victime d’une intolérance aigüe aux crustacés. Il est remplacé par Elisabeth Borne qui assure  donc désormais les fonctions de ministre de la la transition écologique et de ministre des transports. Cet “en même temps”, ce cumul par une ministre qui sacrifie le rail au profit de la route, n’est évidemment pas incompatible pour Emmanuel Macron, virtuose des appariements contradictoires,  et il s’inscrit dans la logique d’un gouvernement qui assure que le développement des échanges commerciaux - et donc des transports aériens, maritimes, et terrestres nationaux et internationaux induits - est tout à fait conciliable avec le respect des engagements de la France dans le cadre de la lutte  contre le réchauffement climatique. La ratification par le Parlement de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada est ainsi paradoxalement présenté comme une chance pour l’environnement. Les représentants de La République en Marche l’assurent : il faut se méfier des idées reçues et notamment de l’opinion couramment véhiculée par des écolos extrémistes selon laquelle il vaut mieux pour polluer moins produire et consommer localement. Pour les députés macronistes favorables à la ratification du CETA,  faire venir de la viande canadienne permettrait finalement d’obtenir un meilleur bilan carbone que de manger de la viande française nourrie avec des tourteaux de soja importés ! Ce type d’argument est du même niveau que celui de François de Rugy déclarant au magazine Reporterre à propos du projet Europacity : “Le triangle de Gonesse est un projet d’urbanisme, certes sur des terres agricoles, mais pas sur une forêt vierge non plus ! Ce sont des terres où l’on cultive des céréales, pas en agriculture biologique d’ailleurs”. L’écologie à la sauce Macron sera toujours compatible avec un développement économique débridé. L’écologie ne sera jamais mise en contradiction, ne sera jamais un empêchement, une limitation ou ne serait-ce qu’une incitation à une économie plus sobre. En économie capitaliste, l’écologie ne peut-être qu’une opportunité de marché et de développement ; sous Macron, elle est réaliste et intégrée.

La ratification de l’accord CETA a logiquement été défendue devant les députés par  le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, chef d’une diplomate totalement inféodée aux intérêts économiques et qui soumet en particulier la politique extérieure de la France aux impératifs et objectifs de vente de son industrie de l’armement. Jean-Yves Le Drian, grand vendeur d’armes,  est un parfait représentant du capitalisme guerrier. Il est donc particulièrement piquant d’entendre ce monsieur - qui oeuvre en permanence pour déstabiliser davantage le Moyen Orient - justifier la signature d’un tel accord en raison des liens qui nous unissent avec le Canada et qui doivent être préservés dans un monde instable :  « Dans un monde incertain (…), les liens profonds et anciens qui unissent l’Europe et le Canada sont particulièrement précieux. »

Ce gouvernement ne recule devant aucune bassesse.  Le déni, le mensonge, voire la supercherie grossière, sont décidément dans sa nature,  il n’hésite pas à nier les évidences et à nous faire prendre des reculades lamentables pour des avancées magnifiques. 

Le néolibéralisme  autoritaire du régime offre peu  d’échappatoire. c’est une “idéologie verrou” qui  emprisonne l’ensemble de la société et la soumet au diktat économique des transnationales qui sont les grands bénéficiaires des accords de libre-échange (comme le CETA ou  celui qui vient tout juste d’être conclu entre l’UE et le Mercosur). Il n’y aura pas de réelle politique écologique d’ici la fin du quinquennat comme il ne saurait y avoir de politique sociale.  Nous sommes confrontés à un totalitarisme qui ne permet pas de réelle inflexion. Le primat du business est absolu et, pour imposer son ordre, le macronisme montre de plus en plus ses gros bras. Les récentes décorations attribuées par Christophe Castaner à des policiers responsables de violence ( soit directement soit indirectement) sont particulièrement inquiétantes et révoltantes ; elles sont destinées à sonner le glas de la contestation citoyenne, le message est particulièrement explicite.

Notre République se meurt. Quand les brutes sont décorées et promues, la police n’est plus  un service public mais une milice au service d’intérêts partisans.

La Marseillaise qui a été chantée dans toutes les communes de France à l’occasion du 14 juillet n’est plus qu’un chant fossile qui nous rappelle d’où nous venons, mais le  ” big bang “ révolutionnaire de 1789 est bien loin ! Son idéal et ses valeurs s’épuisent, ils ne correspondent plus aux données économiques et comptables portées par la nouvelle aristocratie qui a envahi les palais nationaux. 

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