Notre Dame de notre destin

Dans le langage familier, cela s’appelle “en faire des tonnes”! Tout un chapelet de communications, de manifestations, d’hommages autour de l’incendie de Notre Dame se sont succédé cette semaine :

  • l’allocation télévisée pour exalter une unité nationale retrouvée et notre destin commun ;
  • le conseil des ministres entièrement consacré à l’évènement ;
  • l’annonce d’un concours international d’architecture pour concevoir une nouvelle flèche
  • le lancement de l’opération  “chantiers de France”,
  • la réception à l’Elysée pour rendre hommage aux pompiers de Paris,
  • etc.

L’agora  politique a été complètement envahie, saturée par la  catastrophe monumentale. Et le pouvoir s’est vautré dans les cendres de Notre Dame en espérant sans doute  y trouver une source de jouvence.

A l’heure où plus rien n’est en partage, Notre Dame a été  érigée en symbole de l’union, de la réconciliation autour de notre culture commune, de l’engagement pour une cause. Les Français devaient pleurer ensemble, à l’unisson, la blessure et la dégradation d’un patrimoine partagé. La chrétienté a été convoquée pour faire diversion, créer du consensus et camoufler les fractures béantes de la société. Pour finir, le pape a été invité à Paris.

Notre Dame est “notre destin”, notre projet.

A l’heure des gilets jaunes provinciaux, Paris est redevenu le centre du monde et de la politique, le lieu de résidence du monarque. Est-ce le joyau qui doit être préservé à tout prix quand tout le reste tombe en ruine ? Et Macron espère t-il une renaissance de son quinquennat à partir du peuple de Paris et sous le haut patronage de l’église catholique ?

 Face à cette reconstruction, face à l’ampleur de la tâche, notre petit roi se veut  conquérant, volontaire, il tient à se ranger aux côtés des bâtisseurs qui ont marqué la capitale ; et vite ! Il l’a décidé : 5 ans, pas un de plus pour rebâtir et marquer de son empreinte le sol de la cité.  Les experts, les architectes, les chefs de chantier, les manoeuvres se soumettront au désir exprimé du prince qui, seul, décide de ce qui est possible. Ces 5 années de labeur seront placées sous la férule d’un meneur, le  général d’armée Georgelin, il n’aura pas d’état d’âme, c’est un homme à poigne qui sait manier la trique et un catholique fervent, vraiment l’homme idoine pour cette mission spéciale, quasi-divine.

La cathédrale de paris se transforme en un immense vaisseau à ciel ouvert prêt à embarquer les Français dans une nouvelle aventure macronienne,  probablement une galère pour tous les travailleurs directement impliqués.

Les riches, les ultra-riches, les propriétaires des transnationales du luxe parisien qui prospère à partir du tourisme,  sont les premiers à financer l’aventure qui doit leur procurer un retour rapide sur investissement.

 

Dans le même temps, une grève rassemblant l’ensemble des organisations syndicales débute aux hôpitaux de Paris.  Le fonctionnement de tous les établissements est gravement menacé par la rigueur budgétaire et les nouveaux plans d’économie,  les urgences sont asséchées, déstabilisées, désorganisées.

L’hôpital public est  au bord de l’effondrement  et ce ne sont pas les flammes d’un incendie qui le dévastent mais une politique indigne qui semble avoir  totalement et définitivement perdu le sens de la mesure et des priorités.

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