Ruralité macronienne. . .

Ce week-end, il a été question de la chasse et de la ruralité, les deux choses étant intimement liées dans l’esprit des adeptes d’un loisir qui ne peut évidemment pas se pratiquer en ville. Les chasseurs s’estimant entravés voire empêchés dans la  pratique de leur “sport” par une réglementation bien trop sensible au bien être animal, sont descendus dans les rues de quelques préfectures fleurant bon le terroir afin de manifester leur mécontentement et de faire pression sur les pouvoirs publics, sous l’oeil parfois perplexe des badauds. 

Il faut dire que la chasse est un sujet clivant, il existe évidemment une grande différence d’appréciation entre le chasseur et le chassé, entre le tireur et le tiré, et il arrive malheureusement que, par empathie, certains humains se placent du point de vue du tiré. 

Et la chasse peut être envahissante, elle pose le problème de la cohabitation entre différents modes d’occupation et de gestion de l’espace rural. 

A partir du mois de septembre et jusqu’au printemps, les chasseurs font valoir ostensiblement leur droit et colonisent les campagnes, s’appropriant des territoires où les autres usagers sont tout juste tolérés, et à leurs risques et périls. Les accidents de chasse ont de toutes façons un effet dissuasif : les naturalistes, les contemplatifs, les chercheurs de champignons, et autres promeneurs innocents  préfèrent en général laisser la place aux bandes armées mais aussi à des occupants qui bénéficient d’une légitimité et d’un savoir-faire bien supérieurs. Car, c’est bien connu, les chasseurs sont les meilleurs connaisseurs de la nature et les premiers écologistes de France. 

Ce week-end, c’est la ruralité vraie, la ruralité qui doit être montrée en exemple, qui s’est exprimée, celle défendue par des hommes (et il s’agit effectivement d’hommes et non pas de femmes dans la plupart des cas) connaissant véritablement nos campagnes et ayant des valeurs ancrées dans l’histoire et la tradition. La chasse est un fait culturel majeur qui doit être reconnu de tous, célébré d’ailleurs comme il se doit par le Président.  Cette ruralité mérite le respect mais elle ne peut être comprise des fondamentalistes véganes et animalistes, écologistes attardés et bobos citadins parfumés au lait de coco et soignés aux huiles essentielles bio. Cette ruralité, solidement ancrée dans l’esprit de ceux qui manifestent fréquemment pour défendre leurs traditions de chasse et leur méthodes d’élevage et de culture, c’est celle des fusils de chasse le week-end et celle des pulvérisateurs et des épandeurs de lisiers pendant la semaine.

Les campagnes sont aujourd’hui sous le joug conjugué du lobby des chasseurs et du lobby de la FNSEA qui, à l’approche des élections présidentielles, entendent bien négocier chèrement leur voix afin de dicter leur loi à la population toute entière. Ils n’auront pas à fournir trop d’efforts car c’est bien  cette conception de la ruralité qui a les faveurs du pouvoir en place. Ainsi, Emmanuel Macron espère conserver l’appui de son ami Willy Schraen, Président de la Fédération nationale des chasseurs en  relançant, malgré l’interdiction du Conseil d’Etat,  certaines pratiques de  chasse traditionnelle ( visant notamment des espèces menacées) par le biais d’arrêtés qui vont être mis en consultation publique (Lire ici). Dans les faits, sous ce quinquennat catastrophique, le respect du vivant et la préservation de la biodiversité n’ auront jamais été sérieusement pris en considération. 

La chasse et l’agriculture intensive sont les deux faces d’une ruralité qui tue et qui massacre en masse.

Le chasseur défend le droit de continuer à tuer, par tous les moyens mis à sa disposition et développés  par une culture ancestrale, une faune déjà fragilisée et parfois au bord de l’extinction.

L’agriculteur industriel extermine et déséquilibre la faune et la flore sous la pression constante d’ une agro-industrie qui réclame des campagnes nettoyées de toute forme de parasitisme et de vie sauvage. 

L’ agriculteur chasseur ayant pulvérisé et “nettoyé” ses champs  tout l’été se trouve d’ailleurs fort dépourvu quand la saison de chasse est venue. . .  Mais, désormais, à côté des élevages en batterie d’animaux  destinées aux abattoirs, se développent les élevages industriels de gibiers destinés aux maniaques de la gâchette. . .

Pour les chasseurs comme pour les agriculteurs productivistes, la nature est avant tout un objet d’exploitation, elle est en train de disparaître mais ils n’en ont cure. Les premiers n’arrivent pas à se libérer d’un plaisir malsain, les seconds sont prisonniers d’un système qui les condamne à rechercher toujours plus de productivité et de rentabilité sur le dos du vivant.

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