En attendant que le marché fasse son oeuvre. . .

Au regard de sa politique passée et présente, peut-on raisonnablement faire confiance à Emmanuel macron pour prendre, face à cette crise sanitaire, des décisions conformes à l’intérêt général ? Ce Président qui est en France le plus influent représentant d’un capitalisme financier générateur d’une crise systémique qui va bien au-delà  de la crise sanitaire actuelle, peut-il servir le bien commun ? N’est-il pas tenu de ménager les intérêts de la petite caste de grands dirigeants patronaux qui l’a porté au pouvoir ? 

Ainsi, par exemple :

S’apprête-t-il, afin de lever les fonds nécessaires à l’état d’urgence et à la guerre  que nous menons contre le Covid-19 - pour reprendre ses termes - , à augmenter le taux d’imposition des plus hauts revenus ? Pendant la seconde guerre mondiale, le taux d’imposition de la tranche de revenus la plus haute ne fut- il pas porté aux USA à plus de 90% ?

Compte-t-il, en l’amplifiant, rétablir l’ISF ? 

Va-t-il, pour répondre aux besoins, pour pallier certains manques, réquisitionner des secteurs de production comme l’industrie pharmaceutique ? Ces questions méritent- elles seulement d’être posée tant leurs réponses sont évidentes ? 

Dans cette crise inédite, le pouvoir improvise au jour le jour et tente simplement  de colmater les brèches béantes qui ont été ouvertes au fil des ans dans l’hôpital public par une politique d'austérité et de compression des “charges”, terme utilisé  par les économistes libéraux pour désigner tout un ensemble de prestations collectives, indispensables, et solidaires assurées par la collectivité. D’après le professeur Philippe Juvin, chef des urgences à l’hôpital Georges Pompidou, “ un certain nombre de recommandations qui ont été faites depuis trois mois ont été faites en fonction des possibilités techniques que nous avions”. L’exemple des masques est particulièrement choquant : quand Emmanuel Macron, le 15 avril dans le cadre d’une interview au journal Le Point “refuse de recommander le port du masque pour tous”, il la fait non pas pour des motifs sanitaires, donc guidé par des considérations d’intérêt général, mais tout simplement parce qu’il sait très bien que l’Etat est encore dans l’incapacité absolue de fournir des masques à l’ensemble de la  population. Depuis le début de son quinquennat catastrophique, Emmanuel Macron confie au libre marché la gestion de notre avenir commun, le domaine public s’est rétréci comme peau de chagrin. Comment espérer des anticipations, des stocks de sécurité, des précautions sur le long terme, qui représentent automatiquement des coûts supplémentaires, quand, au sein des établissements publics hospitaliers, tout est dicté par des considérations comptables à court terme ? Comment, plus généralement, compter sur une quelconque planification écologique et sociale de la part d’un gouvernement libéral ? Dans un univers dominé par la compétition, les coûts liés à un événement incertain sont souvent injustifiables. Avant, il n’y avait sans doute pas de marché pour les masques. Désormais, les commandes sont passées mais le capitalisme s’est emparé du sujet, les mécanismes “ régulateurs” de l’offre et de la demande se sont déployés, les pratiques se sont adaptées, des sociétés spécialisées se sont montées, le jeu du plus offrant s’est installé, et les populations  attendent toujours les masques ! Dans ce grand désordre sanitaire, le désordre du marché bat son plein. Encore une fois le capitalisme s’est adapté pour exploiter cette nouvelle opportunité. Pendant la guerre contre le coronavirus, la guerre économique continue, la barbarie du capital ne lâche jamais ses proies. 

 Et les Français applaudissent tous les jours à 20h les actes de bravoure individuels des soignants . 

 “L’exploit du système hospitalier” salué par Edouard Philippe est dû à la mobilisation extraordinaire des professionnels qui, par leur engagement personnel,  pallient les lacunes, les manques, les carences de l’hôpital public et l’impréparation scandaleuse d’un Etat qui s’est progressivement privé des moyens d’assurer un service performant. Aujourd’hui,  même si la tension sur les respirateurs s’atténue légèrement, les médicaments et notamment les anesthésiants nécessaires à la réanimation des malades commencent à manquer : ils doivent être importés parce que les entreprises françaises pour diminuer les coûts et s’affranchir de règles environnementales trop contraignantes ont délocalisé massivement la production des principes actifs dans les pays d’Asie ( Chine, Sud-Est asiatique, Inde, etc.).  Une rentabilité plus forte permet de doper les bénéfices, SANOFI s’apprête ainsi à verser 4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires ! 

En attendant que le marché fasse son oeuvre, notre Président tout puissant décrète le déconfinement pour le 11 mai et fait essentiellement reposer la santé de la nation sur des pratiques individuelles. Au final, les individus apprécieront et tant pis pour les futurs malades, ce sera la faute à “pas de chance” et à une forme de sélection naturelle. C'est dans la logique du libéralisme bien  incapable de gérer correctement des outils collectifs de préservation du bien commun. 

 

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